124
VILLE DE PARIS. — NEUVIEME ARRONDISSEMENT.
N° 34. QUARTIER DE L’HOTEL DE VILLE.
s’y soustraire, se procurèrent des sabres, des pistolets, de la poudre,descendirent après la garde retirée chez le geôlier, et voulurent le con-traindre à les laisser sortir. Celui-ci, ayant appelé du secours, reçut uncoup de pistolet dont heureusement il évita la balle. Forcés alors de re-monter dans leur chambre, ils s’y barricadèrent et menacèrent de fairesauter la prison si on ne leur accordait leur liberté. Obligés enfin de serendre, ils furent condamnés à être rompus vifs et subirent ce suppliceavec courage; jamais Daflluence des spectateurs n’avait été aussi con-sidérable.
Le 58 août 1788, un attroupement qui avait mis en fuite le matin lecommaudant du guet sur la place Dauphine se porta le soir sur la placede Grève, où des troupes, que l’obscurité empêchait d’apercevoir, firentune décharge sur ces hommes, plus turbulents qu’offensifs; plusieurstombèrent blessés à mort, et leurs corps furent jetés pendant la nuitdans la Seine.
Le 19 février 1790, Thomas de Mahy, marquis de Favras, condamnéà être pendu par arrêt du Châtelet du 18 février, après avoir lu lui-même à haute voix sa sentence sur la place du Parvis-Notre-Dame, futamené dans un tombereau sur la place de Grève pour y être exécuté. Ildemanda à s’arrêter un instant à l’hôtel de ville, espérant jusqu’au der-nier moment .que sa grâce lui serait accordée, en réponse à un messagequ’il avait envoyé à Monsieur (depuis Louis XVIII), qui ne lui réponditpas. Il dicta son testament avec force et énergie pendant quatre heures,et fit corriger avec beaucoup de présence d’esprit les incorrections de styleet les fautes d’orthographe. La nuit étant venue, on distribua des lam-pions sur la place et on en mit jusque sur la potence. Favras descenditde l’hôtel de ville d’un pas ferme. Conduit au lieu fatal, après avoirmonté le troisième échelon, il fit signe qu’il voulait parler. Le plusgrand silence ayant régné autour de lui : « Braves et généreux citoyens,s’écria-t-il, je vais paraître devant Dieu, je ne suis point suspect dementir dans cet instant affreux : eh bien ! je vous jure, à la face du ciel,que je ne suis point coupable et que vous versez le sang de l’innocent !Priez Dieu pour moi! » La foule frémit, et le bourreau en pleurs dit àla victime : «Criez plus fort, qu’ils vous entendent ! « Trois fois Favrasprotesta de son innocence en montant les funestes échelons ; parvenu auhaut de l’échelle : « Exécuteur de la justice, dit le malheureux, faitesvotre devoir!... » IL fut pendu et son cadavre déposé à St-Jean enGrève. Ainsi périt Favras, victime de sa confiance dans un prince qui,quelques jours avant, était venu le renier à Dhôtel de ville, au milieudu beau monde, qui se plaignit d’avoir acheté par une lcnge attente leplaisir de le voir suspendu à une énorme potence. Sa veuve, qui étaitune princesse d’Anhalt-Dessau, épousa en secondes noces un bouclierde la rue d’Orléans-St-Honoré, et pendant longues années présida elle-mènie à la distribution de la viande à ses pratiques.
Le 25 avril 1792 se fit, sur la place de Grève, la première expériencede l’instrument de mort appelé guillotine, imaginé par le médecin Guil-lotin et perfectionné par M. Louis, secrétaire perpétuel de l’académiede chirurgie, sur lin nommé Nicolas-Jacques Pelletier, condamné commevoleur et assassin.
Le 23 octobre 1792, on y exécuta neuf émigrés pris les armes à la main.
En 1793, l’échafaud fut transporté sur la place Louis XV, qui pritalors le nom de place de la Révolution : il y resta en permanence durantl’époque de la terreur, fut transféré sur la place St-Antoine le 21 prai-rial an n (21 juin 1794) ; cinq jours après il fut établi à la barrière duTrône, remis sur la place de la Révolution pour l’exécution de Robes-pierre , puis rétabli enfin sur la place de Grève par un décret de laconvention du 20 messidor an m (8 juillet 1795). Depuis lors cetteplace eut le triste privilège d’être exclusivement consacrée aux exécu-tions capitales, et elle le conserva sous l’empire et la restauration.
Le 11 pluviôse an ix (1 er février 1801), Demerville, Aréna, TopinoLebrun et Ceracchi, condamnés à mort pour avoir conspiré contre larépublique, furent exécutés sur la place de Grève.
Le 6messidor anxn (26 juin 1805), Georges Cadoudal, L. Ducorps,Picot, Coster St-Victor, Deville, Joyaut, Surbau, Mercier, Lelan, P.-J.Cadoudal, Merille et Royer, convaincus de conspiration contre la répu-blique et d’attentat à la vie du premier consul, furent exécutés sur laplace de Grève.
Le 28 juillet 1816 , Pleignier , Corbonneau et Tolleron , accusés decomplicité avec les patriotes de 1816, furent exécutés sur la place deGrève, à huit heures du soir. — Lorsque les condamnés partirent pourl’échafaud, ils étaient nu-pieds, revêtus d’une grande chemise blanche,et la tête enveloppée dans une espèce de capuchon noir. Tout ce quel’on raconte des supplices de l’inquisition, du san-benito, et des formeslugubres de la vieille Espagne, n’avait pas une apparence plus sinistre .on se serait cru au temps des exécutions judiciaires des siècles de labarbarie. — Tous trois marchèrent au supplice avec courage. Aprèsqu’ils eurent entendu leur arrêt au pied de l’échafaud, ils en montèrentrapidement les degrés. Corbonneau tendit son poigtiet avec résignation àl’exécuteur, qui le trancha d’un seul coup ; Tolleron posa le sien sur lebillot, en disant : « Coupe cette main, qui a défendu la patrie.» Pleignierfit d’abord quelques difficultés pour se soumettre à cette cruelle opéra-tion, et finit par s’y résigner.
C’est aussi sur cette place que furent exécutés, le 24 août 1822, lessous-officiers Bories, Pomier, Raoux et Goubin. Sous la hache dubourreau, tous quatre crièrent : « Vive la liberté ! » En se rappelantla mort stoïque de ces quatre jeunes patriotes, on se demande commentil a pu se rencontrer douze hommes ayant le titre de jurés, capables deprononcer un verdict qui envoyait à la mort quatre de leurs concitoyensdont tout le tort était de ne pas penser comme eux. Cela s’explique,toutefois, lorsqu’on se rappelle qu’il y avait à cette époque une terreurorganisée, dont il était impossible de ne pas subir l’influence. Les coursprévôtales des départements, les assassinats du Midi, les bannissementsde l’intérieur et les échafauds de Paris , signifiaient en effet quelquechose. Qui pourrait dire n’avoir pas tremblé alors devant les servantesde la restauration, les danseuses du rond des Tuileries, les virago dumouchoir blanc, qui auraient bien valu, si on les eût laissées continuer,les tricoteuses de la convention. — Les croisées du pourtour de la placede Grève étaient louées à des royalistes, et des sièges avaient été dispo-sés à celles de l’hôtel de ville pour des dames de la cour, qui désiraientvoir venger la royauté. Quand la dernière tète tomba, on entendit pro-férer autour de la machine les acclamations prolongées de Vive le roi !'vivent les Bourbons !... — Huit ans après, plus de dix mille citoyensde Paris vinrent faire sur celte même place une procession civique enl’honneur de ces infortunés jeunes gens.
Après la révolution de juillet, on s’est déterminé à éloigner de l’inté-rieur de la ville le sanglant spectacle des exécutions. La place de Grève,sanctifiée par le courage du peuple pendant les trois journées de juillet,ne devait plus d’ailleurs voir couler le sang des criminels. On dressemaintenant l’instrument de supplice au rond-point de la barrière St-Jacques.
Rue de Jouy, n° 9, est Dhôtel d’Aumoxt, ouvrage de FrançoisMansard. La façade du côté du jardin est très-belle. On y voit un beauplafond peint par Lebrun, représentant l’apothéose de Romulus.
Rue des Barres, n°4, est Dhôtel Charky, où demeurait Louis deBourdon ou de Bosredon, amant de la reine Isabeau de Bavière, queCharles VI fit enfermer dans un sac et jeter dans la Seine, avec cetteétiquette : Laissez passer la justice du roi.
Dans cet hôtel siégeait en 1794 le comité civil de la section de lacommune de la ville de Paris. — C’est là que fut transféré sur unechaise, le 10 thermidor, à deux heures du matin , le citoyen Robes-pierre jeune, député à la convention nationale, qui s’était précipitévolontairement d’une des croisées de la maison commune. Il était dan-gereusement blessé et presque sans vie. Après avoir été pansé par lecitoyen Pellard, chirurgien dentiste , assisté de l’apothicaire Peigné, ilfut transféré au comité de salut public, par ordre de trois membres dela convention, dont un faisait fonction de commandant de la force ar-mée de Paris.
L’hôtel de Charny a été en partie démoli lors du percement de la ruedu Pont-Louis-Pliilippe.
Le couvent des fii/les de la. Croix , fondé en 1664 et supprimé en1790, était situé rue des Barres.
Près du cimetière Sï-Jfaxex Grève, était le riche hôtel de Craox,