VILLE DE PARIS. — NEUVIEME ARRONDISSEMENT. — N° 35. QUARTIER DE LA CITE.
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où Pierre de Craon cacha pendant quelque temps les gens déterminésqu’il chargea de l’assassinat du connétable de Clisson (V. Rue Cul-ture-Ste-Catherine). — Après le procès fait à Pierre de Craon,qui fut condamné au dernier supplice , l’hôtel de Craon fut rasé etson emplacement fut donné à la paroisse St-Jean, dont il augmenta lecimetière.
Rue des Nonandières demeurait, en 1748, M me de Pannelier, quiprésidait alors un bureau d’esprit, dont les principaux coryphées étaientLalande, Sautereau, Leclerc deMerry, Guichard, etc. Les séances, quiétaient précédées d’un bon dîner, avaient lieu tous les mercredis.
Rue du Martroi (supprimée lors de l’agrandissement de l’hôtel deville) était l’église St-Jean en Grève , autrefois chapelle baptismale deSt-Gervais, qui devint église paroissiale après la construction de l’en-ceinte de Philippe Auguste. Agrandie en 1255,1326 et 1735, cetteéglise, où avait été enterré le célèbre peintre Simon Vouet, a été démolieen l’an vin, et une partie de son emplacement servit à élargir la rue duTourniquet-St-Jean. Cet emplacement a été englobé depuis dans lesnouveaux bâtiments de l’hôtel de ville.—Au xiv e siècle, les juifs avaientune synagogue dans la vieille tour du Pet-au-Diahle, qui dépendait ducloître de St-Jean en Grève.
Rue de rHôtel-de-Ville (autrefois rue des Haudriettes) étaient leshospitalières des Haudriettes , communauté qui avait été fondée parEtienne Haudry, l’un des secrétaires de saint Louis, avec lequel il partitpour la terre sainte. Ayant fait ensuite un voyage à St-Jacques enGalice , sa femme, affectée douloureusement de ne pas recevoir de sesnouvelles, s’enferma dans sa maison delà rue de la Mortellerie avecquelques autres femmes pour s’y consacrer à des exercices de piété, ety fit meme vœu de chasteté. Etienne Haudry, à son retour, n’obtint dupape la dispense de ce vœu qu’à condition qu’il laisserait à la maison oùelle s’était retirée un fonds pour y entretenir douze pauvres femmes,qui formèrent une communauté à laquelle on donna le nom d’hau-driettes , du nom de leur fondateur. En 1622, les haudriettes furenttransférées du quartier de la Grève dans la rue St-Honoré, et prirent lenom de fdles de l’Assomption.
Place de‘Grève, au nord de l’hôtel de ville, était l’HÔriTAi, du St-Espeut,* fondé en 1326 sur l’emplacement d’une maison ruinée nomméel’hôtel du Dauphin, des charités de diverses personnes pieuses, pour despauvres enfants abandonnés que l’on habillait de bleu, d’où leur étaitvenu le nom d’Enfants bleus. L’église, construite en 1406, était un lieude grande dévotion, fréquenté principalement tous les lundis de l’année.Cette église et les bâtiments qui en dépendaient ont étédémolis en 1798,et sur leur emplacement on éleva en 1810 l’hôtel du préfet de la Seine,abattu en 1841 pour l’agrandissement de l’hôtel de ville.
N° 55. QUARTIER UE Z.A CITÉ.
Ci-devant section de Notre-Dame , et ensuite section de la Cité.
Les limites de ce quartier sont : la rue de la Barillerie n os impairs,le quai Desaix, lequai Napoléon, le quaide l’Archevêché, les bâtimentsde l’Hôtel-Dieu, et le quai du Marché-Neuf jusqu’au pont St-Michel.— Superficie 150,000 m. carrés, équivalant à 0,005 de la superficietotale de Paris.
On remarque principalement dans ce quartier :
L’église métropolitaine de Notre-Dame. Deux temples ont pré-cédé l’érection de la basilique actuelle : l’origine du premier est incon-nue ; celle du second paraît remonter à l’an 555. Maurice de Sully, évê-que de Paris, conçut, en 1161, le projet de l’entière reconstruction dela cathédrale sur un plan très-vaste. Les travaux en furent commencésvers 1133; le grand autel fut consacré en 1182; on présume que cemonument fut entièrement achevé en 1223, sur la fin du règne de Phi-lippe Auguste.
La cathédrale de Paris est le grand témoin de notre histoire depuis sixcents ans. Elle a vu nos révolutions, nos désordres , notre anarchie ,
dont nous allons indiquer sommairement quelques-uns des principauxtraits. — L’église Notre-Dame était autrefois un lieu d’asile inviolable.Frédégonde, soupçonnée du meurtre de Chilpéric son mari, assassiné àChelles, de la mort du roi Sigehert, son beau-frère, et des enfants deson mari, se retira dans l’église cathédrale de Paris, où elle fut à l’abrides poursuites de Contran, roi d’Orléans, et de Childebert, roi de Metz,•fils et successeur deSigebert, qui la demandèrent en vain à l’évêqueRaimond pour en faire justice.
En 754 le pape Etienne sacra dans cette église Pépin le Bref, ainsique ses deux fils et leur mère.
Une ordonnance du chapitre de Paris, de l’an 1248, fait connaître queles malades qui venaient à Notre-Dame pour implorer Dieu restaienten dedans de l’cglise, vers la seconde porte, même pendant les nuits, enattendant leur guérison ; cette ordonnance porte qu’en faveur de ces ma-lades, cette entrée de l’église sera désormais éclairée par six lampes. Onsait d’ailleurs qu’à çette époque et môme un peu après, les médecins, quiétaient tous gens d’Eglise, donnaient leur consultation à rentrée de l’é-glise Notre-Dame, au-dessous delà tour qui est à main droite, du côtéméridional.
Le 18 août 1572, six jours seulement avant le massacre de laSt-Batthélemy, le mariage du roi de Navarre, depuis Henri IV, avecMarguerite de Médicis , fut pompeusement célébré dans l’église doNotre-Dame.
Le 9 février 1779, on célébra dans cette église le mariage de ceutjeunes filles en réjouissance de l’heureux acouchement de la reine. Uumillion avait été affecté par le roi à leur établissement ; chaque fille reçutcinq cents livres de dot, deux cents livres pour le trousseau, et douzelivres pour la noce; il y eut aussi des gratifications pour les premiersenfants à naître, et pour les mères qui se décidèrent à nourrir leurs en-fants. — Le 27 octobre 1781, un Te Deurn fui chanté à Notre-Dame enréjouissance de la naissance du dauphin. Le roi, accompagné des princesdu sang, assista à cette cérémonie religieuse, l’une des dernières de cegenre qui fut célébrée avant la révolution.
Le 5 août 1789, un Te Deum fut chanté à Notre-Dame par l’ordrede l’archevêque Juigné, pour remercier Dieu de l’abolition des titreset des droits féodaux.
Le 17 brumaire an ii (8 novembre 1794), l’archevêque de Paris Gobeldonna le scandale de la plus honteuse apostasie. Il se présenta à la barrede la convention, où il déclara solennellement « qu’il avait été pendantsoixante années hypocrite, que la religion qu’il professait depuis sonenfance n’avait pour base que le mensonge et l’erreur. » Condamné àmort avec Clootz et Hébert, il périt sur l’échafaud le 24 germinal an ii.
Le 10 novembre 1793 (20 brumaire an ii) la convention nationale,qui avait reçu le 8 novembre de l’archevêque de Paris Gobel et de sesdouze vicaires la déclaration qu’ils renonçaient à exercer les fonctionsdu culte catholique, décréta, sans discussion, l’abolition du culte catho-lique, le remplacement de ce culte par celui de la Raison , et changeapar ce décret le nom de l’église Notre-Dame en celui de temple de laRaison. Le même jour, en éleva dans la nef de ce temple une montagnefactice, dont le sommet était couronné par un temple d’une architecturesimple, portant pour inscription au-dessus de la porte d’entrée : A laPhilosophie . Sur le penchant'de la montagne s’élevait un autel orné deguirlandes de chêne, et supportant le flambeau de la Vérité. Deux ran-gées de jeunes filles vêtues de blanc, couronnées de chêne, et tenant à lamain un flambeau, descendirent de la montagne. Peu après la Raison ,représentée par une jeune et belle femme vêtue d’une draperie blancherecouverte à moitié par un manteau bleu céleste, les cheveux épars etcoiffée d’un bonnet phrygien, sortit du temple de la Philosophie, et vints’asseoir sur un banc de gazon, où elle reçut les hommages et Jes sermentsdes mortels, au son d’une musique bruyante et des citants d’allégresse.Le soir, la convention en masse se rendit au temple pour y chanter avec,le peuple l’hymne à la Raison.
Le 10 messidor an ix. (30 juin 1801), un concile national s’ouvritdans l’église Notre-Dame de Paris; il était composé de quarante-cinqévêques, et d’environ quatre-vingts députés du clergé du second ordre. Lediscours d’ouverture fut prononcé par l’abbé Grégoire, membre du corpslégislatif et évêque de Rlois.