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Les quarante-huit quartiers de Paris : biographie historique et anecdotique des rues, des palais, des hôtels et des maisons de Paris / par Girault de Saint-Fargeau
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VILLE DE PARIS. NEUVIÈME ARRONDISSEMENT. N" 35. QUARTIER DE LA CITE.

Le 25 messidor ail rx (14 juillet 1801), on célébra dans cette égliseune messe solennelle, et on chanta un Te Deum en actions de grâcespour tous les bienfaits que le Seigneur avait répandus sur le peuplefrançais.

Le 28 germinal an x (18 avril 1802), le jour de Pâques, une fête solen-nelle fut célébrée dans léglise Notre-Dame en lhonneur de la signaturedu concordat et du rétablissement de la religion catholique en France. Dèsle matin la loi sur les cultes fut promulguée dans tous les quartiers de Pa-ris. A onze heures, les trois consuls se rendirent à léglise dans la mêmevoiture, attelée de huit chevaux, et précédée de chevaux de main riche-ment caparaçonnés, conduits par des mameluks. Après cette voiturevenait celle de M mt Bonaparte, se trouvaient sa fdle et ses belles-sœurs, qui prirent place dans le magnifique jubé en bois sculpté, quifut détruit quelque temps après. Les consuls, attendus à lentrée de lanef par larchevêque de Paris, furent reçus sous un dais, et furent seplacer sous un autre dais placé à gauche de 'autel. Après lévangile, lesarchevêques et évêques prêtèrent lun après lautre serment entre lesmains du premier consul. Immédiatement après la messe, le légat en-tonna un Te Deum dont la musique, composée par Paësiello, fut exé-cutée par deux orchestres conduits, lun par Chérubini, et lautre parMéliul. M 11 ' Lebrun, fille du consul, M lle de Luçay, fille du préfet dupalais, et M 1 "' Savary, épouse dun aide de camp du consul, firent unequête qui monta à sept cents louis. Pendant les trois longues heuresque dura la cérémonie, des salves dartillerie se succédaient sans inter-ruption et faisaient frémir toutes les vitres de Paris. Cette cérémoniefut loin toutefois de réunir lassentiment général. Le général Delmas,interrogé par Bonaparte sur limpression quil avait éprouvée, réponditavec une brusque franchise : « Cétait une assez belle arlequiuade, àlaquelle il ne manquait que le million dhommes qui se sont fait tuerpour détruire ce que vous venez de relever ; » et cette opinion étaitpartagée par la grande majorité des assistants.

Lorsque Napoléon Bonaparte fut proclamé empereur, il lui prit enviede se faire sacrer, et il résolut denvironner dune pompe et dun éclatextraordinaire la cérémonie de sou couronnement. Léglise Notre-Dameayant été choisie pour cette solennité, on y fit dutiles et grandes répara-tions ; on abattit la chapelle du chapitre, ainsi que plusieurs maisons quimasquaient la façade septentrionale de cet édifice ; celte façade fut mise àdécouvert, ainsi que des parties depuis longtemps cachées aux yeux ; lequartier y gagna baucoup en salubrité. Le 11 frimaire an xm (1 erdécembre 1804), la cérémonie du sacre, malgré un froid rigoureux, futexécutée avec la plus grande magnificence. Le pape Pie VII et lempe-reur partirent des Tuileries à dix heures pour se rendre à la cathé-drale. Le cortège offrait une scène théâtrale qui nétait pas sans majesté ;on y voyait les grands dignitaires chargés des décorations , des insigneset des vêtements de lempereur, dautres portant le sceptre, la main dejustice, lépée et la couronne de Charlemagne. Lempereur et limpéra-trice furent bien et dûment oints par le pape ; mais il posa lui-même lacouronne impériale sur sa tête.De toutes les cérémonies qui eurent lieudans la basilique de Notre-Dame, celle du couronnement de Napoléonfut sans contredit la plus somptueuse et la plus solennelle ; cette voûteaux arceaux gothiques, aux vitraux lumineux; ce trône élevé prèsdelau-tel ; ces vieilles murailles recouvertes de tapisseries magnifiques, le longdesquelles on voyait rangés par ordre tous les corps de lEtat, les députésde toutes les villes, la France entière, enfin, représentée par ses manda-taires ; ces milliers de plumes flottantes qui ombrageaient les chapeauxdes sénateurs, des conseillers dEtat, des tribuns ; ces cours judiciairesavec leur costume riche et sévère à la fois ; ces uniformes brillants dordont étaient revêtus les chefs les plus illustres de larmée ; ce nombreuxclergé dans toute sa pompe ; ces jeunes et belles femmes étincelantesde pierreries et vêtues avec une élégance à nulle autre pareille, placéesdans les travées de létage supérieur de la nef et du chœur ; enfin le sou-verain pontife et lempereur revêtus des insignes de leur dignité , for-maient un coup dœil dont il est difficile de se faire une juste idée, etqui bien certainement ne sera jamais renouvelé.

Le mariage du duc de Berry avec la princesse des Deux-Siciles futcélébré le 17 juin 1816 dans léglise de Notre-Dame ; on y a aussi célé-bré, le 2 mai 1841, le baptême du comte de Paris.

En 1793, la commune de Paris vota et arrêta la démolition de la cathé-drale de Paris. Quelque temps avant, Chaumetle ayant demandé quelon fil disparaître la longue file de rois placée au-dessus du portail decette église, la convention sempressa dadopter cette motion , en vertude laquelle on anéantit ces vénérables modèles de sculpture du moyenâge, qui, après être restés longtemps entassés et recouverts des plus salesimmondices derrière le chevet de la métropole, ont fini par être trans-formés en matériaux de construction. Le clocher central, élevé au-dessus du transsept, fut renversé à la même époque; il datait du xv° siècle,et sans nul doute en remplaçait un plus ancien.

Léglise Notre-Dame, bâtie en forme de croix latine, a 126 m. 68 c.dans œuvre, 48 m. 7 c. de large et 33 m. 77 c. de haut ; cent vingt grospiliers de 1 m. 33 c. de diamètre soutiennent les voûtes principales. Lanef et le chœur sont accompagnés dédoublés bas côtés, formant de lar-ges péristyles , et dun grand nombre de chapelles, qui régnent autourde léglise ; on y entre par six portes. La façade principale se fait remar-quer par son élévation, par sa sculpture et par le caractère imposantde son architecture. Elle était décorée des statues de vingt-huit rois deFrance, commençant à Childebert et finissant à Philippe Auguste, qui ontété renversées en 1793 ; cette façade est terminée par deux grosses tourscarrées qui ont 91 m. de haut ; on y monte par trois cent quatre-vingtsdegrés, et lon va de lune à lautre par deux galeries hors dœuvre, quesoutiennent des colonnes gothiques dune délicatesse surprenante.

La façade principale est percée de trois grandes portes par lesquelleson entre dans léglise : le portique à droite, dit de la Vierge, le portiquedu milieu et le portique de gauche, dit de Ste-Anne. Ces portiques,pratiqués sous des voussures ogives, sont chargés de divers ouvrages desculpture , représentant plusieurs traits qui ont rapport à lhistoire duNouveau Testament. Un de ces portiques, celui qui est placé au-dessousde la tour septentrionale, est remarquable par un zodiaque les signessont accompagnés de limage des travaux champêtres, ou dattributs quiy correspondent. Du côté était autrefois larchevêché, est le portailméridional dit de St-Marcel, sont représentés eu bas-reliefs les prin-cipaux traits de la vie de saint Etienne : au-dessus, et dans la partie hautedu tympan, Jésus-Christ , tenant dune main un globe, donne de lau-tre sa bénédiction. Le contour des arceaux de la voussure est rempli defigures danges, dapôtres ; au bas des grands contre-forts, et de chaquecôté, sont huit bas-reliefs relatifs à la vie de saint Etienne. Le portailseptentrional, situé du côté du cloître, présente à peu près la même dis-position que celui du midi. La statue de la Vierge, placée sur le trumeauqui sépare la porte en deux , foule sous ses pieds un dragon ailé. On areprésenté, en figures de moyenne proportion, plusieurs sujets du Nou-veau Testament, et lhistoire dun personnage qui sest donné au démon.Le style des figures semble appartenir au commencement du xiv' siècle.La porte du cloître est remarquable par lélégance de sa construction ;les deux figures agenouillées représentent Jean sans Peur, duc de Bour-gogne, et sa femme Marguerite de Bavière. Les différents bas-reliefs of-frent divers traits de la vie de saint Marcel, évêque de Paris. Sur le mur,à 2 m. de hauteur, on voit sept bas-reliefs représentant plusieurs sujetsde la vie de la Vierge.

Le chœur, pavé en marbre, a 42 m. de long sur 15 de large. Deuxestrades en marbre de griotte dItalie, servant de jubés, le séparent de lanef. Elles sont élevées de 1 m. 72 c., leurs panneaux sont dun poli trans-parent ; dans leur milieu une grille de même hauteur ferme lentrée duchœur. En entrant dans le chœur, lœil est dabord frappé de la magnifi-cence de la boiserie, régnant de chaque côté au-dessus de vingt-six stalles.Son commencement est marqué par deux pilastres décorés darabesques.Des bas-reliefs représentant des traits de la vie de la sainte Vierge, etdautres sujets pieux, ornent cette boiserie. Des trumeaux, enrichis da-rabesques et des instruments de la passion, les séparent : ils représen-tent, en commençant à droite, au haut du chœur , près de la chaireépiscopale, Jésus-Christ donnant les clefs à saint Pierre ; la Naissance,de la Vierge ; sa Présentation au temple ; sainte Anne linstruisant ; son.Mariage avec saint Joseph ; lAnnonciation ; la Visitation par sainteElisabeth; la Naissance de Jésus-Christ; lAdoration des Mages ; la Cir-concision. Du côté gauche du chœur, en commençant par le haut : lesNoces de Cana ; la Vierge au pied de la croix ; la Descente de la croix ;