VILLE DE PARIS. — NEUVIÈME ARRONDISSEMENT.
N° 35. QUARTIER DE LA CITE.
127
la Pentecôte ; l’Assomption de la Vierge ; la Religion ; la Prudence jl’Humilité ; la Douceur; les Pèlerins d’Emmaüs. Ces boiseries se termi-nent de chaque côté par une chaire archiépiscopale en cul-de-four, sur-montée de baldaquins enrichis de groupes d’anges tenant des instrumentsreligieux. Le fond de celle du côté droit représente le martyre de saintDenis ; du côté gauche, l’on voit la guérison miraculeuse de Childebert,par l’intercession de saint Germain, évêque de Paris. Au-dessus de celambris, l’on admire huit grands tableaux des meilleurs maîtres de l’é-cole française du commencement du siècle dernier. Le premier de cestableaux, en commençant à droite, par le haut du chœur, est l’Annon-ciation, par Halle ; le second, la Visitation, appelé le Magnificat, chef-d’œuvre de Jouvenet ; le troisième , la Naissance de la Vierge , parPhilippe de Champagne ; le quatrième, l’Adoration des Mages, par La-fosse. Le premier, à gauche, représente la Présentation de Jésus-Christau temple, par Louis de Boulogne; le second, une Fuite en Egypte, parle même ; le troisième, la Présentation de la Vierge au temple, par Phi-lippe de Champagne; le quatrième, l’Assomption de la Vierge, parAntoine Coypel.
Le maître-autel est élevé sur trois marches semi-circulaires en mar-bre de Languedoc : il a 4 m. 22 c. de longueur, non compris les piédes-taux qui l’accompagnent; sa hauteur est de 1 m. Cet autel, en marbreblanc, est décoré sur le devant de trois bas-reliefs. Celui du milieu, quiest en cuivre doré, ou or moulu, représente Jésus-Christ mis au tom-beau ; le sculpteur Van-Clève l’avait exécuté pour former le retabled’autel de la chapelle de Louvois dans l’église des Capucines de la placeVendôme. Ceux des côtés représentent chacun deux anges tenant diversinstruments de la passion. Le tabernacle consiste en un gros socle carrédécoré de pilastres et enrichi d’une fermeture circulaire, en bronze doré,représentant l’agneau pascal ; les angles sont ornés de petites têtes dechérubins.
Pour accompagner l’ancien autel, ou a dénaturé le système d’archi-tecture du chœur; les arcs ogives furent convertis en pleins cintres, etles piliers en pilastres. Les sept arcades qui forment le rond-point dusanctuaire sont incrustées de marbre blanc mêlé de gris, de même queles jambages ou pieds-droits qui sont posés sur des embases ou soubas-sements en marbre de Languedoc. Ces arcades sont séparées par despilastres ou montants en saillie, dont les impostes servent de chapiteaux,et sur ces mêmes pieds-droits s’élèvent d’autres pilastres attiques, ter-minés par une corniche ou plate-bande en ressaut sans amortissement.
La baie de l’arcade du milieu qui est derrière le grand autel estformée en niche, occupée par un groupe en marbre blanc, composé dequatre figures, dont les principales ont 2 m. 66 c. de proportion. LaVierge, assise au milieu , soutient sur ses genoux la tête et une partiedu corps de son fils descendu delà croix ; le reste du corps est étendu surun suaire ; elle a les bras élevés et les yeux en larmes levés vers le ciel.La douleur d’une mère et sa parfaite soumission à la volonté de Dieu sontexprimées de la manière la plus vraie. Un ange sous la forme d’un ado-lescent soutient à droite une main du Christ, pendant qu’un autre angetient la co'uronne d’épines, et regarde les impressions meurtrières qu’ellea faites sur l’auguste victime. Derrière un groupe, sur le fond en cul-de-four, incrusté de marbre bleu turquin, paraît une croix surmontée del’inscription; un grand linceul tombe du haut de la croix et vient seperdre derrière les figures. Ce groupe, que Nicolas Coustou a terminé en1723, est un ouvrage admirable : la tète du Christ est d’une rare beautépar l'expression et la dignité du caractère.
A l’entrée de la porte septentrionale, et près de l’escalier par lequelon monte aux tours, est un bas-relief qui servait de pierre sépulcraleau tombeau du chanoine Yves. On a représenté, dans cette productiondu xv e siècle , le Jugement dernier : Jésus-Christ, environné d’anges,lance de sa bouche deux glaives , l’un à droite, l’autre à gauche ; sousses pieds est le globe de la terre, et dans sa main gauche un livre ou-vert. La seconde partie du monument représente un homme sortant dutombeau, contre lequel on voit un cadavre rongé de vers.
Dans l’ancienne chapelle de la Vierge est la belle statue dite la Viergedes Carmes, de 2 m. 38 c. de proportion, sculptée à Rome par AntoineRaggi dit le Lombard, d’après le mode du cavalier Bemin. Le lutrin enbois placé dans cette chapelle est remarquai)^ par l’élégance de sa
construction et la belle exécution de son travail. Ce pupitre est placésur un piédestal triangulaire , dont les trois faces, un peu concaves,sont ornées de figures en bas-reliefs des apôtres saint Pierre, saintPaul etsaint Jean l’Evangéliste; sur le piédestal sont représentées les Vertusthéologales, la Foi, l’Espérance et la Charité. Ces figures sont d’un beautravail et d’une exécution parfaite. Le corps du pupitre est décoré depetits ornements en mosaïque très-délicats ; il en est de même des con-soles et des arabesques, qui rappellent les productions de Jean Goujon,de Jean Cousin, et autres célèbres artistes du xvi e siècle.
La chapelle de la Décollation de saint Jean Baptiste renferme lemausolée en marbre érigé, en 1808, par.décret de Napoléon, à la mé-moire du cardinal de Belloy, archevêque de Paris. Ce monument se com-pose de quatre figures dont trois ont 2 m. 45 c. de hauteur. Le prélat,assis dans un fauteuil placé sur son sarcophage, est représenté offrantles secours de la charité à une famille indigente. La femme qui reçoit ledon a la main droite appuyée sur l’épaule d’une jeune fille. Du mêmecôté, saint Denis, premier évêque de Paris, placé sur une petite massede nuages , montre aux fidèles son successeur , et semble le proposercomme un exemple de vertu.
Les personnages les plus remarquables qui ont été enterrés à Notre-Dame sont : le cardinal deNoailles; l’évêque Jean-Juvénal des Ursins,auteur de l’Histoire de Charles VI, et onze autres personnes de sa famille;Albert de Gondi, maréchal et duc de Retz ; Pierre de Marca ; le maré-chal de Guébriant ; Renaud de la Beaune ; Joachim du Belloy, un desbeaux esprits de son temps ; le savant Claude Châtelain. — Avant laconstruction du chœur que fit édifier Louis XIV pour satisfaire au vœude Louis XIII, on y voyait entre autres tombeaux ceux de Philippe, filsde Louis le Gros; d’Isabelle de Iiainaut, première femme de PhilippeAuguste ; du comte de Richemont, duc de Bretagne, troisième fils deHenri II, roi d’Angleterre; de Philippe, comte de Boulogne, fils deLouis XIII; de Louis, dauphin , fils aine de Charles VI. Le cœur deLouise de Savoie, comtesse d’Angoulème, mère de François I er , y avaitaussi été déposé.
Le palais de l’archevêché occupait au midi de la cathédrale l’em-placement du premier palais archiépiscopal construit, vers la fin duxn e siècle, par Maurice de Sully, évêque de Paris. Agrandi et presqueentièrement reconstruit par les successeurs de cet évêque, restauré etrichement meublé sous l’empire par Napoléon, il a été emporté de viveforce et détruit de fond en comble par le peuple. Sur son emplacementon a formé une belle esplanade plantée d’arbres et entourée d’une grilleformant une charmante promenade ornée d’une jolie fontaine gothique.
« Suivant l’abbé Lebeuf (Hist. du diocèse de Paris, 1 .1 , p. 14), c’é-tait dans la première cour de l’archevêché, où était jadis le siège de l’of-ficialité, que se faisaient les monomachies ou duels entre les championspour la décision de certaines causes. »
La bibliothèque de l’ordre des avocats, provenant originairement dela nombreuse bibliothèque d’Etienne Gabriau de Riparfond, léguée à cetordre en 1704, avait été placée en 1704 dans une galerie de l’avant-cour de l’archevêché, d’où elle fut transférée au palais de justice.
Dans une autre cour était la prison de l’arclievêque , une des plusanciennes et des plus malsaines de Paris. Sous le règne de Louis XVI,les prisons bourgeoises ou privées étaient encore très-mullipliées ; ellesétaient une source d’abus d’autant plus révoltants que les magistratsn’avaient pas le droit de les visiter. En 1783, M. d’Epremesnil fit auparlement un discours touchant sur cette manière illégale d’attenter à laliberté des citoyens, et sur la nécessité de réprimer l’excès de cette ty-rannie ; il fit connaître qu’il y avait dans Paris et les environs vingt-deux maisons de cette espèce, dans lesquelles étaient détenus en 1777un nombre de prisonniers égal à celui des prisonniers conduits et arrivésdans le même espace de temps dans les prisons de la cour et autres pri-sons judiciaires.
Après les événements de 1789, la prison de l’archevêché fut sup-primée ainsi que toutes les prisons particulières. Le palais devint l’ha-bitation du chirurgien en chef de l’Hôtel-Dieu, et la chapelle fut con-vertie en amphithéâtre d’anatomie jusqu’en 1802.
C’est dans la grande salle de l’archevêché que l’assemblée nationale