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Les quarante-huit quartiers de Paris : biographie historique et anecdotique des rues, des palais, des hôtels et des maisons de Paris / par Girault de Saint-Fargeau
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VILLE DE PARIS. - NEUVIÈME ARRONDISSEMENT. N° 35. QUARTIER DE LA U1TE.

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Homicides hommes.. 3

Homicides femmes. 2

Morts subites ou par maladies. 45

Blessures, accidents suivis de mort. 70

Suicides hommes.134

Suicides femmes.; . . . . 35

Ce lugubre monument fut témoin, dans la soirée du 30 juillet 1830,dun triste et funèbre spectacle. Au bas de la morgue, un grand bateausur lequel flottait un drapeau noir, reçut les cadavres de cent vingt-cinqvictimes qui avaient succombé la veille : on les descendait sur des civières;quelques-uns étaient dans des bières, les autres tout nus ; on les rangeaitpar piles , on les couvrait de paille et on parsemait le bateau de chauxvive pour ralentir les progrès de la putréfaction. On y voyait des enfantsde dix à douze ans, des femmes, des vieillards. La foule qui bordait lesparapets sur les deux rives de la Seine, muette et silencieuse en contem-plant cette funeste cargaison de cadavres, paraissait glacée dhorreur.Du milieu de ce silence de la mort partaient des cris de douleur et deviolentes imprécations contre les exécrables auteurs de tant dassassi-nats. Cest en soulevant le voile qui couvre ce sombre tableau, que2VI. Bernard sest écrié du haut de la tribune nationale, avec laccent dela plus profonde indignation : « La légitimité est enterrée sous ces mon-ceaux de cadavres. » Ce funèbre bateau fut conduit vers le Champ-de-Mars, les restes de ces braves patriotes furent provisoirement inhu-més. Sur la terre qui les a recouverts jusquà lépoque ils ont ététransférés sous la colonne de Juillet, on avait placé une simple croix debois portant linscription suivante :

A la mjmolrc des Français morts pour la libelléles 27, 28 et 29 juillet 1830.

FRANCE, DIS-MOI LEURS NOMS; JE nëN VOIS POINT PARAITRESUR CE FUNÈBRE MONUMENT ?

ILS ONT VAINCU SI PROMPTEMENTQUE jÉTAIS LIBRE AVANT DE LES CONNAITRE 1

Le Petit-Pont, communiquant de la place du Petit-Pont à la rue dela Cité. Sous la domination romaine, il existait en cet endroit un pontnommé Petit-Pont pour le distinguer du Graud-Pont (aujourdhui Pont-au-Change). Eu 1185 , il fut rebâti en pierre, emporté par une inonda-tion en 1196 , rétabli en 1206 , emporté de nouveau en 1280, 1296,1325, 1376, et 1393. Reconstruit en 1406, il fut emporté par les eauxpour la septième fois , rétabli en 1409, et restauré en 1649 , 1651 et1658. En 1718 , ce pont et toutes les maisons dont il était couvertlurent détruits par lin incendie occasionné par deux bateaux de foinenflammés qui sarrêtèrent sous une arche de ce pont , qui futconsumé en fort peu de temps ainsi que les maisons qui le couvraient.La meme année, on le rebâtit en pierre, mais sans maisons dessus. Ilest composé de trois arches à plein cintre de 6 ni. 40 c. à 9 m. 70 c.douverture.

Les abords du Petit-Pont étaient défendus par le Petit-Chatelet,forteresse construite en bois dans lorigine, détruite par linondation de1296, et reconstruite en pierre en 1398. Sous Charles VI le Petit-Châ-telet fut converti en prison, et affecté en 1402 au logement du prévôtde Paris. Le Petit-Châtelet était une porte de ville, du côté du Pelit-Pont, comme le Grand-Châtelet létait du côté opposé, à lépoque laville de Paris navait dautre étendue que lile du Palais. Robert le Pieuxen avait fait une forteresse il renfermait ses trésors, exemple suivi parquelques-uns de ses successeurs ; et notamment par Charles V, à la mortduquel on trouva des richesses immenses, déposées tant au Petit-Châteletquau château de Melun.* Sous Charles VI, les cabochiens, qui avaientpris parti pour le duc de Bourgogne, y exterminèrent, le 12 juin 1418,plus de quatre mille personnes de considération du parti des Armagnacs. Le 16 novembre 1591 , par ordre du conseil des Seize, le présidentBrisson fut arrêté sur le Pont-au-Ghange, traîné ignominieusement auPetit-Châtelet, et conduit dans la chambre du conseil, il trouva unprêtre pour le confesser et un bourreau pour létrangler. Il demandede quoi on laccuse, et on lui répond par la lecture dune sentence qui lecondamne à mort. Aussitôt le bourreau le prend et létrangle à la fenêtremême de la chambre du conseil, furent aussi étranglés un moment

après les conseillers Larcher et Tardif. Le lendemain dimanche, lescorps de ces trois magistrats furent pendus en chemise, à trois poteaux,sur la place de Grève, avec ces trois écriteaux : Barnabe Brisson , lundes chefs des traîtres et hérétiques; Claude Larcher, ïun des fau-teurs des traîtres et hérétiques; Claude Tardif Vun des ennemis deDieu et des princes catholiques. .Trois semaines après, quatre membresdu conseil des Seize eurent le même sort par droit de représailles.Des lettres patentes du 22 avril 1769 ordonnère"t la suppression du Petit-Châtelet , dont lentière démolition fut opérée en 1782. Sur son empla-cement , on a agrandi les bâtiments de lHôtel-Dieu, et établi la placedu Petit-Pont.

Le pont St-Charles. Cest un pont couvert dune galerie vitrée,cpii communique des bâtiments de lHôtel-Dieu à la salle St-Charles.

Le Pont-au-Double, communiquant du quai de lArchevêché auquai de Montebello. Il a été construit en 1634 ; les maisons dont il étaitsurchargé ont été abattues en 1835.

VARIÉTÉS HISTORIQUES ET BIOGRAPHIQUES.

Rue dArcole, n° 15^ était léglise St-Pierre aux Boeufs, suppri-mée en 1790 et démolie entièrement lorsque lon perça la rue dArcole.Pour conserver le souvenir de lemplacement de cet ancien édifice, onincrusta au-dessus de la porte de la maison qui a remplacé léglisecette inscription :

Sur cet emplacement fut autrefois leglîse St-Pierre aux Bœufs, dont on ignorelorigine, mais qui existait déjà en ii 36, démolie en i83^.

Le portail très-orné de St-Pierre aux Bœufs, dont toutes les pierresavaient été numérotées, a été replacé contre lentrée occidentale de lé-glise de St-Séverin, il forme une porte digne de ce curieux édifice.

On croit que cest dans la rue St-Pierre aux Bœufs, au coin du cul-de-sac Ste-Marine, que se trouvait la prison du chapitre de Notre-Damede Paris, les chanoines de celte cathédrale avaient entassé inhumai-nement, vers lan 1252, les habitants du village de Châtenay, quiavaient refusé de leur payer une contribution nouvellement imposée.Ces malheureux, hommes, femmes, enfants, comprimés les uns par lesautres, exténués par la chaleur, empoisonnés par leurs propres exhalai-sons, succombaient à leurs souffrances et auraient péri jusquau dernier,si la reine Blanche, instruite de cet acte de cruauté, neût fait briser laporte de la prison, d sortirent tous ces malheureux, accablés de souf-frances, défigurés, et que la reine parvint dans la suite à affranchir de ladomination du chapitre.

Rue du Haut-Moulin, au coin de la rue de la Cité, n° 1, étaient lé-glise et le prieuré de St-Dems de la Châtre, démolis en 1781. Léglise,fondée en 1122 et donnée aux moines de St-Martin en 1133, renfermaitune crypte lon présume que saint Denis fut incarcéré.Lenceinte duprieuré était un lieu privilégié les ouvriers pouvaient exercer leurindustrie et travailler pour leur compte sans avoir besoin dobtenir lamaîtrise.

Au n° IX était léglise St-Sysiphorietî , nommée ensuite St-Luc ,bâtie en 1207 par Eudes de Sully, évêque de Paris, qui donna pour saconstruction une grande place et une maison qui lui appartenait. En1704 elle fut cédée à la communauté des peintres, sculpteurs, graveurs,enlumineurs de Paris, qui portait le nom dacadémie de St-Luc. Acôté de léglise , supprimée en 1790 , cette communauté avait établiune école publique de dessin , ouverte tous les jours à cinq heures dusoir. Avant létablissement de lacadémie de peinture, cette école avaitproduit plusieurs peintres et sculpteurs célèbres, parmi lesquels étaientPorbus, Simon Votiel, Sarrazin, Stella, laHire, Philippe de Champagne,Francisque, le Sueur, le Brun, Mignard, etc.

Passage des Barnabites était le couvent de ce nom , supprimé en1790. Léglise et le couvent des Barnabites servirent datelier pour lafabrication des monnaies de billon, résultant de la fonte des cloches etdu produit des cuivres dus à la suppression des églises et sacristies deParis : labbé Rochon, de lacadémie des sciences, eut la direction de cetravail. Plus tard les bâtiments de ce monastère furent affectés au dépôt

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