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VILLE DE PARIS. — NEUVIEME ARRONDISSEMENT. — N° 35. QUARTIER DE LA CITE.
général des comptabilités du royaume.—La petite place, qui était devantle couvent des Baruabites a été faite aux dépens de la maison du pèrede Jean Châtel, qui tenta d’assassiner Henri IV.
Rue St-Christophe était I’église St-Christofhe , rebâtie vers1494 , érigée en paroisse, et démolie en 1747 pour agrandir le parvisNotre-Dame. — Sauvai rapporte qu’il existait près de cette église uncarcan, où fut attaché un garçon boucher, le jour de Pâques ! 502, pourblasphème envers Dieu.
La rue St-Christophe portait dans l’origine le nom de la Regratterie,par allusion aux regrattiers, qui remplaçaient autrefois les fruitiers et lesépiciers d’aujourd’hui, deux genres de commerce qui n’existaient pas sé-parément. Voici quels étaient les principaux objets de leur commerce dutemps de Louis IX.. « Quiconques a acheté le mestier de regraterie à Paris,il peut vendre poisson de mer, char cuite, sel à mines et à boisseaus, àestât et à feueslre, etpomes et toute autre manière de fruit crut en rè-gne de France, ans, oingnons, et toute autre manière d’aigrun (mélangede fruits et de légumes), dates, figues, et toute autre manière de reisins,poivre, coumin, cauele, regulisse et cire qui ne soit ouvrée. Le regratierpeut vendre tout autre manière de denrées, fors poisson de eaue douceet cire ouvrée » (Et. Boiliaue, Livre des métiers, titre ix).
Cloître Notre-Dame, et à côté de la cathédrale de ce nom, il yavait une petite église du nom de St-Jean le Rond, qui servait de bap-tistère à cette cathédrale , et dont on ignore la fondation ; on sait seule-ment qu’elle existait dès le xu e siècle. Le savant Gilles Ménage avait étéenterré dans celte église, qui a été détruite en 1748.
Le cloître Notre-Dame était ceint de vieilles murailles et fermé deportes ; la principale, bâtie sur les débris de St-Jean le Rond, s’ouvraitsur l’emplacement occupé par celle église.
Au xm e siècle, il se tenait le dimanche au parvis Notre-Dame unmarché au pain, où les tameliers (boulangers) exposaient en vente lepain qu’ils n’avaient pas vendu le samedi aux halles. — Dans l’origineles bouchers avaient aussi étalé au parvis Notre-Dame, mais quand Pa-ris sé fut étendu sur la rive droite de la Seine, ils établirent leur bouche-rie auprès du Châtelet, dans l’endroit où la tour St-Jacques des Bouche-ries en perpétue le souvenir.
Rue Neuve-Notre-Dame était l’église Ste-Genevjève des Ardents,construite vers 1131 et abattue en 1747, époque où on bâtit sur sonemplacement l’hôpital des Enfants trouvés , qui a clé lui-même rem-placé par un hôtel occupé aujourd’hui par les bureaux des hôpitaux ethospices civils de Paris.
Rue Chanoinesse , n° 22 , en deçà de la porte d’entrée du cloîtreNotre-Dame, au fond de la première maison et dans une espèce de sou-terrain, était la chapelle St-Agnan, bâtie vers 1110 par Etienne deGarlande, chancelier de France, et abattue en 17.95.
Rue de la Barillerie, n° 7, était l’église royale et paroissiale de St-Barthélemy, construite sur l’emplacement d’une chapelle du même nomqui existait à la fin du v e siècle , que Hugues Capet fit agrandir en 965et qui devint paroisse royale en 1138. Au chevet de l’église Sl-Barthéle-my était l’ancienne chapelle de Notre-Dame des Toutes, où l’on entraitpar la ruelle du Prieuré, fermée en 1315. Cette chapelle fut renferméedans l’église en 1525 , et prit le nom de Notre-Dame de la Fontaine.— Le savant Cl. Clerselier avait été inhumé dans l’église St-Barthêlemv,où l’on voyait son tombeau élevé sur les dessins de Charles le Brun, ainsique ceux de Cureau de la Chambre, de l’académie des sciences ; L. Ser-\in, avocat général ; Jean Forest, peintre de paysages, etc., etc. —De-venue propriété nationale à l’époque de la révolution , cette église fut ;vendue et démolie en 179 î, et sur son emplacement on établit le théâtre Ide la Cité, et l’on forma deux passages obscurs dont l’uu porte le nom de !passage de Flore. — Le théâtre de la Cité fut construit en 1791 par 'l’architecte Lenoir. La salle , qui était une des plus vastes de Paris, et :qui devait porter le nomde Henri IV, ouvrit le 20 octobre 1792, sous letitre de théâtre du Palais des Variétés, par une représentation au profitdes braves Lillois. L’anuée suivante elle prit le titre de Cité-Variétés :on y jouait le vaudeville, la comédie et la pantomime ; là débutèrentTiercelin et Brunet. Plus tard le drame se glissa dans le répertoire de la
Cité, le chant en disparut, et la comédie y devint tout à fait accessoire ; ledrame et la pantomime en tramèrent la chute de l’administration-en 1799.—La troupe de Picard se fixa à la Cité en 1800, après le premier incendiedel’Odéon ; après y avoir attiré quelque temps la foule, elle quitta ce théâ-tre pour prendre possession de la .-alleLouvois. — Ribié tenta sans suc-cès d’exploiter ce théâtre en 1801. On y vit ensuite les funambules Revelet Forioso, puis les acteurs de Monlansier, chassés du Palais-Royal. —Les auteurs qui travaillaient le plus pour ce théâtre étaient : Dumaniant,Picaid, Pigault Lebrun, Desforges, Beflroy de Rigny, Aude, Dorvigny,Ducray Duminil, Armand Gonflé, Georges Duval, Rougemont, Dumer-sau, etc., etc. Peu de théâtres ont compté autant d’acteurs de réputation.Les principaux étaient Brunet, Tiercelin, Cartigny, etc., etc. Le libraireBarba y débuta en 1795, dans le rôle de Frontin, dans Guerre ouverte.Martinville y débuta aussi dans Frontin tout seul. On a remarqué que lethéâtre de la Cité, construit sur l’emplacement d’une église, fut celui oùl’on joua le plus de pièces révolutionnaires, et surtout le plus d’ouvragesdirigés contre la religion et les prêtres. — La pièce intitulée le Juge-ment dernier des rois, fut jouée avec le plus grand succès sur ce théâtreen 1793. On y voyait tous les monarques de l’Europe revêtus de leurcostume d’apparat, se disputant, se battant entre eux ; un républicainsurvenait, les mettait tous à la raison, et, après les avoir muselés, lesfaisait danser Comme des ours. Celte pièce offrait des traits piquants,provoquait la gaieté des spectateurs , qui en sortant de la représenta-tion parodiaient en riant ce vers du Méchant :
Les rois sont ici-bas pour nos menus plaisirs.
En 1802 des chanteurs allemands exploitèrent la salle du théâtre dela Cité, qu’ils appelèrent théâtre de. Mozart. Vers la fin de 1805, l’acteurBeaulieu tenta de relever ce théâtre ; n’ayant pu y réussir, il se brûlala cervelle, au deuxième étage, sur le devant, dans la maison du caféqui existe encore aujourd’hui rue de la Barillerie. — Eu 1806 les ac-teurs des Variétés s’installèrent provisoirement au théâtre de la Citépendant qu’on leur construisait un théâtre boulevard Montmartre.
Après la suppression de divers théâtres , le théâtre de la Cité futtransformé eu un établissement public qui prit le nom de Veillées.C’était une suite d’appartements diversement décorés où l’on avait re-produit une foule de sites pittoresques, et où l’on trouvait, au milieudes glaces de l’hiver, l’ensemble piquant et varié de tous les plaisirs queprocure la belle saison. Du rez-de-chaussée an faite de l’édifice, despentes insensibles conduisaient à travers des sinuosités, des anfractuo-sités de rochers daus différentes salles où tout était mis en usage pourfixer l’attention et entretenir la gaietc. La jeunesse y trouvait deux or-chestres pour le bal, l’enfance des amusements proportionnés à son âge.Dans deux pièces disposées avec art étaient des salons de lecture, dejeu et de conversation. Deux théâtres servaient à représenter desproverbes et des vaudevilles. Daus une chaumière placée derrière lesruines d’un temple, une villageoise offrait des glaces et des gauf-fres ; dans diverses grottes et dans de riants bosquets des limonadiers of-fraient des rafraîchissements. Enfin par une pente douce on descendaitchez un restaurateur qui occupait le rez-de-chaussée et où l’on arrivaitpar une allée de verdure à l’extrémité de laquelle se trouvait un théâ-tre. C’était quelque chose de réellement féerique que les Veillées de laCité, qui toutefois ne jouirent pas longtemps de l’avantage d’attirer lafoule.— Phis tard le théâtre fut transformé en salle de danse sous le nomde Prado , qu’il conserve encore. Le foyer public et plusieurs autrespièces ont été affectées à des loges de franc-maçonnerie. Dans la plusbelle, Napoléon et Joséphine assistèrent à une fête d’adoption donnéepar le maréchal Lamies et le général Poniatowski, qui tous deux étaientvénérables de loges. — À l’entresol il existe un joli théâtre de sociétéoù l’on donne quelquefois des représentations particulières.
La rue de la Barillerie doit son nom aux barilliers, classe particulièrede tonneliers, qui faisaient aux gens riches des tonneaux soigneuse-ment travaillés, pour enfermer les vins singulièrement estimés des gour-mets parisiens, qui sous les noms de malvoisie, de rosette, de mus-cadet, etc., etc., arrivaient à certaines époques aux ports de Paris ; ettelle était l’importance qu’on attachait aux fonctions des barilliers ,qu’on leur permettait de travailler les jours fériés.