VILLE DF, PARIS. — DOUZIEME ARRONDISSEMENT. — N" 45. QUARTIER ST-JACQUES.
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Rue de l’hôtel Colbert, 11 “ 20, est une maison bâtie par Colbertau commencement de sa fortune; sur une plaque en marbre noir on litencore :
HOTEL
COLBERT.
L’intérieur offre une belle cour carrée entourée de bâtiments à trois éta-ges, décorés extérieurement de huit grands bas-reliefs ; un large et belescalier conduit aux appartements supérieurs, qui sont occupés par desateliers.—Colbert mourut le 6 septembre 1 683, à l’âge de soixante-quatreans. Ses contemporains et le peuple poussèrent à un tel excès la haineet la barbarie, qu’il fallut soustraire à leur fureur, par une inhumationnocturne, les restes du grand ministre, et les placer quelque temps sousla protection d’une garde vigilante.
Impasse d’Amboise était le collège grec ou de Constantinople,fondé au xiv® siècle, et réuni au collège de la Marche en 1420.
Hue de Bièvre était le collège St-Michel, fondé par Guillaumede Chanac en 134S, et supprimé en 1790; les bourses ne pouvaientêtre données qu’à des Limousins. — Le savant helléniste d’Anse de Vil-i.oison , célèbre par ses vastes connaissances, et l’un des hommes lesplus ennuyeux, les plus lourds et les plus fatigants en société, demeuraitrue de Bièvre en 1790.
Rue Descartes, n° 21 , était le collège de Boncourt , fondé en1353, et célèbre au xvi* siècle par un théâtre où furent jouées les pre-mières pièces de Jodelle ; les élèves du collège de Boncourt donnèrentsur ce théâtre dqs représentations où assistait souvent le roi Henri II.Ce collège, dont les bâtiments sont occupés aujourd’hui par l’adminis-tration de l’école polytechnique, fut réuni en 1638 au collège de Na-varre. — A côté du collège de Boncourt était le collège de Tournât,fondé en 1283 et réuni sous Louis XIII au collège de Navarre.
La porte Bôrdet’, édifice flanqué de tours, où l’on arrivait par unpont-levis, était située à l’endroit où la rue Descartes débouche dans lai*ue des Fossés-St-Victor ; elle a été démolie en 1683.
Rue de la Montagne-Ste-Geneviève, n° 24, était le collège deLaon, fondé en 1313 et réuni en 1764 au collège Louis-le-Grand ; unepartie du marché des Carmes a été construite sur son emplacement.
Au n° 37 était le collège de la Marche, fondé en 1420, devenupropriété nationale en 1790, et converti en 1841 en caserne d’infan-terie.
Au n° 52 était le séminaire des Trente-Trois, fondé en 1633 dansles bâtiments de l’hôtel d’Albiac. Ce collège, renommé autrefois par laforce et la bonté de ses études, a été supprimé en 1790, et les bâtimentsaliénés en l’an iv.
La place Maubert, selon une ancienne tradition, a pris son nomd’Albert le Grand, lequel vint de Cologne donner des leçons à Paris.Le nombre de ses auditeurs se trouva si grand, qu’il fut obligé de faireses leçons an milieu de cette place ; ce qui fut cause qu’on la nommala place de maître Albert, ou place Maubert; origine qui toutefois n’estpas des mieux prouvées. C’était un des principaux lieux où l’on exécu-tait les criminels ; quatre condamnés y furent roués en 1536.
Là fut brûlé vif avec ses livres, à l’âge de trente-sept ans, le célèbreimprimeur Etienne Dolet, traducteur de Platon, condamné « pour blas-phèmes, sédition et exposition de livres prohibés et damnés, à être menédans un tombereau depuis la Conciergerie jusqu’à la place Maubert, oùseroit plantée une potence autour de laquelle il y auroit un grand feu,auquel, après avoir été soulevé en ladite potence, il seroit jeté et brûléavec ses livres, son corps converti en cendres. Et néanmoins est retenuin mente curice que oùjedit Dolet fera aucun scandale ou dira aucunblasphème, sa langue lui sera coupée, et sera brûlé tout vif. » Cette atrocesentence fut exécutée le 3 août 1546, sous le règne de François I er . On
ne peut rien lire de plus touchant que les vers qu’il composa , peu detemps avant sa condamnation, sur la naissance de son fils ; sa femmeallaitait encore l’objet de tant de vers louangeurs, où respirent la joieet le bonheur, quand le bûcher de la place Maubert dévora l’estimablecitoyen dont tout le crime fut d’avoir eu de l’esprit plus tôt ou plus tardque les autres. —- C’est sur la place Maubert que demeurait le procureurAlain, où furent clercs Voltaire et son ami Thiriot.
Rue des Carmes, n° 6, était le collège de Presles, fondé par Guy,chanoine de Laon, et par Raoul de Presles, secrétaire de Philippe le Bel,sous le nom de college de Laon, séparé de ce dernier et transféré ruedes Carmes en 1323. Lors du massacre de la St-Barthélemy, le célèbreprofesseur Ramus, protestant, se cacha dans les caves du collège dePresles, où il fut découvert par les assassins, qui, après avoir tiré de luiune forte rançon, le poignardèrent, à l’instigation, dit-on, du professeurCharpentier, son compétiteur et son ennemi. Son cadavre encore pal-pitant fut jeté par les fenêtres et traîné dans la boue par les écoliers, quilui firent subir toutes sortes d’outrages. Ramus était si pauvre lorsqu’il vintà Paris, qu’il fut obligé de se mettre domestique au collège de Navarre,où il étudia avec tant de succès, qu’il fut reçu maître ès arts quelquesannées après.—Le collège de Presles fut réuni au collège Louis-le-Grand en 1734; les bâtiments ont été vendus comme propriété natio-nale le 3 thermidor an iv. — On payait à ce collège 3 livres par semaineen temps ordinaire, et 4 livres pendant le carême, sans pain ni vin, quel’on se fournissait, ainsi que le linge, le bois et la chandelle.
Au n° 23 était le séminaire des prêtres irlandais ou collège desLombards, fondé par quatre Italiens en 1334, supprimé en 1792, ré-tabli sous le consulat et réuni au séminaire des Irlandais, Anglais etEcossais réunis, situé rue des Irlandais, n° 3. — Les bâtiments de cecollège existent encore, ainsi que la chapelle, qui sert de magasin delibrairie.
Rue St-Jean-de-Beauvais, n w S et 7, était le collège de Li-sieux, fondé en 1336, établi dans l’origine rue des Prêtres-St-Séverin,placé au xv* siècle rue St-Elienne-des-Grès, et transféré en 1764 rueSt-Jean-de-Beauvais, dans les bâtiments du collège de Dormans, fondéen ce lieu en 1370, et réuni en 1593 au collège de Presles. L’un desplus illustres écoliers du collège de Lisieux fut l’abbé Delille. Les bâti-ments de ce collège existent encore en grande partie, ainsi que la cha-pelle; ils servent aujourd’hui de magasin.
Vers 1526, le célèbre Robert Estienne (premier du nom), fondadans la rue St-Jean-de-Beauvais une imprimerie, à Venseigne de l'Oli-vier y d’où sont sorties onze éditions complètes de la Bible, en hébreu,en grec ou en latin. La correction typographique était pour lui l’objetd’un soin si minutieux, qu’il affichait, dit-on, ses épreuves avec pro-messe d’une prime à ceux qui y découvriraient des fautes. Quelquefois,dans celte rue étroite, obscure et montante, où se trouvaient ses ateliers,on voyait venir un cavalier de noble figure, ou bien une belle et élé-gante dame avec une suite brillante, qui s’arrêtaient à l’enseigne del’Olivier : le cavalier, c’était François I tv ; la dame, Marguerite d’An-goulème, sa sœur. — La postérité de Robert Estienne soutint dans cetterue la réputation de ce célèbre typographe; son petit-fils, Robert III,obtint en 1574 le brevet d’imprimeur du roi, y resta établi, et y mourutsans postérité en 1629 ; Antoine Estienne, le fils aîné du frère de Ro-bert III, obtint aussi le titre d’imprimeur du roi ; malgré son activité etses magnifiques travaux, il éprouva de grands revers, devint infirme etaveugle, et fut enfin réduit à solliciter une place à l’IIôtel-Dieu, où ilmourut sans enfants en 1674. En lui s’éteignit l’illustre dynastie desEstienne, à laquelle on est redevable de l’impression de près de douzemille ouvrages, qui ont exercé une influence prodigieuse sur les progrèsde la littérature, de l’érudition et des sciences.
Rue du Plâtre-St-Jacques, n" 20, était le collège de Cor-nouailles, fondé en 13I7 pour treize pauvres écoliers de Cornouailles,réuni au collège de Louis le Grand en 1763, et dont les bâtiments ontété aliénés en 1806.
Place Cambrai, n° 2, est l’entrée principale de l’enclos de St-Jean de Latran, composé de deux vastes cours entourées de masures