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VILLE DE PARIS.
DOUZIÈME ARRONDISSEMENT. — N° 45. QUARTIER ST-JACQUES.
habitées par des ouvriers de divers états, communiquant entre elles, etayant une autre entrée rue St-Jean-de-Beauvais. Cet enclos formait au-trefois la commanderie des hospitaliers de St-Jean de Jérusalem, dits deSt-Jean de Latran, qui avaient pour mission de recevoir les pèlerinsdans les villes qu’ils traversaient, de les soigner et de leur fournir lesmoyens de continuer leur route. Dans la première cour, ou voit encoreune grande tour carrée à quatre étages, qui étaient jadis garnis de litspour les pèlerins. L’église, qui renfermait le tombeau du commandeurJacques de Souvré, auquel on doit la construction du grand hôtel de laCommanderie, existe encore en grande partie ; l’abside et les chapellesattenantes ont seulement été démolies ; la nef est aujourd’hui divisée endeux étages, le premier, dont la voûte est intacte, sert à une école pri-maire, le rez-de-chaussée est converti en écurie et en magasins; à côtéest une petite chapelle qui renfermait les fonts baptismaux. — C’estdans la grande tour que le célèbre Bicbat se livrait à ses travaux ana-tomiques, et c’est là qu’il mourut le 22 juillet 1802. On a placé sur ledevant de cette tour une plaque en marbre noir sur laquelle on a gravéces mots en lettres d’or :
TtUJa BICH.iT.
L’enclos St-Jean de Latran était jadis un endroit privilégié danslequel les artisans pouvaient travailler pour leur compte sans avoir étéreçus maîtres dans les communautés des arts qu’ils exerçaient, et chezlesquels les maîtres ne pouvaient aller faire visite.
Rue St-Hilaire, n° 2, et rue des Sept-Voîes, n° 2, était l’égliseSt-Hi:laire, connue dès le xn e siècle, érigée en paroisse vers l’an 1200,supprimée et démolie eu 1790. — Près de cette église était un hôpitalfondé par Philippe le Bel, destiné à recevoir six pauvres femmes debonne vie. — Dans l’impasse de la cour des Bœufs était le séminaire deSt-Hilaire, où l’on recevait de toutes les parties de la France des étu-diants en théologie qu’on exerçait aux cérémonies de l’Eglise.
La rue Froidmentel était une des rues affectées, au xiv e siècle, àla demeure des prostituées. Gabrielle d’Estrées y avait, vers la fin duxvi* siècle, un hôtel où elle reçut souvent Henri IV; dans le contrat deCésar de Vendôme, son fils, elle fait élection de domicile à Paris en sonhôtel rue Froidmentel, qui faisait le coin de cette rue et de la rue Char-tière. L’abbé Lebeuf, qui écrivait en 1754, a reconnu cette maison qu’onavait rebâtie en 1606, et où on avait placé cette inscription : Ludovicedümüm protégé ; dans une niche ménagée au coin des deux rues, onvoyait alors la statue de Henri IV en manteau royal.
Rue de Reims, n° 5, est le collège Ste-Barbe, fondé rue deReims, en 1430, par Jean Hubert, professeur en droit. Dans l’origine,cet établissement n’était pas proprement un collège ; les professeurs quil’occupaient dirigeaient l’éducation de quelques enfants dans leurschambres particulières , et donnaient des leçons générales dans lesgrandes salles. Le nombre de ces régents s’éleva bientôt jusqu’à qua-torze, neuf pour les humanités, un pour le grec et quatre pour la phi-losophie ; au-dessus d’eux était un principal qui avait la surveillancede la maison. Eu 1556, Robert du Guast affecta certains biens pourl’entretien d’un principal, d’un chapelain, d’un procureur et de quatreelèves boursiers. La communauté de Ste-Barbe se fit remarquer par sadiscipline et ses bonnes études; au commencement de 1789, indépen-damment des anciens boursiers, elle comptait trente-six élèves en théo-logie, quarante-huit en philosophie et cent douze en humanités. Aprèsla révolution, le collège Ste-Barbe devint une maison particulière d’é-ducation sous la direction de M. Delanneau. — Inigno, connu depuissous le nom de saint Ignace, fondateur des jésuites, étudia dans ce col-lège, où il provoqua souvent la sévérité de ses supérieurs par son insu-bordination.
Le collège du Mans, qui avait été fondé rue de Reims par dix élèvesboursiers du diocèse du Mans, fut transféré en 1682 rue d’Enfer, n° 2,et réuni au collège Èouis-le-Grand en 1761.
Rue des Sept-Voies, n° 9, était le collège de la Merci, fondé en1515, et transformé en hospice par les religieux de la Merci en 1750.Il a été supprimé en 1790, et vendu comme propriété nationale en1793.
Au n° 18 était la principale entrée du collège de Reims, fondé en1399, ruiné par les Anglais de la Faction du duc de Bourgogne en1418, et rétabli en 1443 par Charles VII, qui y incorpora le collège deRhetel. En 1552, Jodelle établit au collège de Reims un théâtre où leroi Henri III assista à plusieurs représentations avec toute sa cour. Lesbâtiments de ce collège ont été réunis au collège Ste-Barbe.
Au e° 26 et à l’angle de la place du Panthéon était le -collège deMoNTAr&u, fondé en 1314. Le célèbre Standoutlit, qui, de simple do-mestique, s’était élevé au grade de régent de la faculté de théologie deParis, institua dans ce collège, en 1102* une communauté d’ecclésias-tiques destinés à l’éducation de la jeunesse, où les pauvres seuls étaientreçus. Les boursiers devaient faire maigre et jeûner tous les jours, ex-cepté un morceau de pain très-léger qu’on leur donnait le matin ; lesoir la collation se bornait à une pomme ou à un morceau de fromage.Le célèbre auteur de VEloge de la folie, Erasme, fut un des élèves ducollège Montaigu; mais, comme nous le lisons dans une de ses lettres,les œufs pourris, les vins gâtés, une chambre sous les combles et blanchieavec de la chaux infecte, ne tardèrent pas à altérer sa constitution, et leforcèrent à entrer dans le monde, où sa vie fut un continuel holocausteà la souffrance et à l’agitation. Jean Calvin était aussi un élève ducollège Montaigu. — La chapelle de ce collège renfermait le tombeaudu prédicateur Jean Standoutht et celui de l’Allemand Ulrich Gering, undes trois imprimeurs que la Sorbonne fit venir à Paris en 1470, pour yfonder la première imprimerie.
Le collège Montaigu fut supprimé en 1792. Ses bâtiments furentconvertis en hôpital, et ensuite en maison d’arrêt pour les militaires;ils viennent d’être en partie démolis, et sur leur emplacement on a cons-truit les bâtiments de la nouvelle bibliothèque Ste-Geneviève.
Rue des Cholets, n° 2, à l’angle de la rue St-Etienne-des-Grès,était le collège des Cholets, fondé en 1291 pour seize élèves en théo-logie, et réuni au collège Louis-le-Grand en 1678. Une partie des bâ-timents de ce collège a été démolie, et leur emplacement forme aujour-d’hui la cour du collège Louis-le-Grand. — En face le college des Choletsétait la chapelle St-Symphorien, démolie vers 1662*
Rue des Amandiers-Ste-Geneviève, n° 14, était le collège disGrassins, fondé en 1569, supprimé en 1790 et vendu par lots en 1833.
La rue de Clovis a été percée sous l’empire, sur l’emplacement del’abbaye Ste-Geneviève et sur une partie de la place du carré Ste-Ge-neviève, dans le milieu de laquelle existait autrefois un poteau où étaientattachées les armes de l’abbaye, pour marquer qu’elle avait droit dehaute, moyenne et basse justice dans l’étendue du territoire qui lui ap-partenait. On voit dans cette rue les restes d’une grande et forte mu-raille bâtie par encaissement, qui faisait partie de l’enceinte de PhilippeAuguste.
Place de l’Estrapade. Il existait jadis ma théâtre dont Dulaureraconte ainsi l’origine : « On rapporte, dit-il, que Turlupin, GautierGarguille et Gros Guillaume, tous trois garçons boulangers du faubourgSt-Laurent, liés d’amitié, sans étude, mais doués de beaucoup d'esprit na-turel, formèrent le projet de jouer la comédie. Ils louèrent un petit jeu depaume, situé près de l’Estrapade, y bâtirent à la hâte un théâtre, et sefirent des décorations avec des toiles grossières. Ils jouaient depuis uneheure jusqu’à deux heures des scènes qu’on appelait turlupinades, pourla somme de deux sous six deniers par personne. Les comédiens del’hôtel de Bourgogne, jaloux du succès de ce théâtre, se plaignirent aucardinal de Richelieu, qui, avant de prononcer sur cette plainte, vouluts’assurer du talent des acteurs dénoncés. Ils jouèrent dans son palaisune scène bouffonne qui dérida son éminence ; elle ordonna que ces troisacteurs seraient admis à jouer au théâtre de l’hotel de Bourgogne. »— En 1791 quelques acteurs élevèrent à l’Esplanade un théâtre quireçut le nom de Théâtre des Muses; il fut fermé au bout de quelquesmois.