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leur douleur à la mort de leur frère , avaient été métamorphoséesen Peupliers, et leurs larmes en Ambre (sans doute à cause dubaume de leurs bourgeons). Ils consacraient ces arbres à Hercule;et les Romains, leurs imitateurs, faisaient des sacrifice à ce dieuen se couronnant de Peuplier.
Tum Salii ad cantus incensa altaria circum,
Populeti adsunt evincti tempora ramis.
Virg., Æneis, lib. 8.
Dans notre siècle positif, les Peupliers, bien plus encore que lesSaules, ont le mérite d’être utiles à tout le monde et surtout à lapetite propriété, à la plus humble foftune. Ils ont quelque chose depopulaire. Tout le monde n’a pas le moyen d’employer le Chêne etmême l’Orme et le Frêne dans la construction de sa maison. Il n’estpas donné à tout le monde de planter le Chêne pour ses arrière-ne-veux. La Providence a pourvu aux besoins des petits comme desgrands ; elle a approprié le Chêne aux temples, aux palais, aux châ-teaux destinés à durer des siècles ; elle a adapté le Peuplier à lachaumière. Rapide dans son développement, croissant dans tous lessols, docile à se façonner en poutre ou en planche , en bûche ou enfagot, en échalas ou en ramure, il se multiplie, se prodigue àtous les besoins.
A la vérité, il dure peu, mais il vient vite, et cette qualité com-pense le défaut. Autrefois, dans un siècle plus prévoyant que lenôtre, un petit propriétaire de la Flandre, à la naissance d'unefille, plantait force 1 préaux qui vingt ans après constituaientdéjà une dot et amenaient un mari. Mais si la petite fortune doitcultiver le Peuplier pour les besoins prochains, la grande doitplanter le Chêne pour les générations futures, comme l’Etat pourles monuments publics, pour la marine, pour les nécessités de laguerre. Sans cette distinction, si l’on ne faisait la part de chacun,il arriverait que les Peupliers mériteraient le reproche que leurfait M. Rougier (1) a de déranger toutes les anciennes traditionst> relativement aux arbres de prix qui occupent le sol pendant une
(t) Cours d'agriculture pratique, t. 4. 513