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forêts et en ont fait un arbre cultivé. Sous ce rapport, son histoireprésente de l’intérêt ; il a été singulièrement en butte à la contra-diction : admis au rang des arbres dignes de culture, les anciensreconnaissaient la beauté de son aspect sévère, la dureté et l’in-corruptibilité de son bois , dont leur ciseau tirait indifféremmentdieux, tables ou cuvettes ; ils lui attribuaient des qualités précieuses.
D’après Suétone, on conseillait l’usage de ses fruits commeantidote du venin de la vipère. Son bois, réduit en poudre, étaitrecommandé contre l’hydrophobie. Parmi les peuples modernes,les Hanôvriens et les Iiessois en donnent le feuillage pour nour-riture à leurs bestiaux pendant l’hiver; les Japonnais retirent del’amande une huile propre aux préparations culinaires. Partout lesenfants, comme les petits oiseaux, sont friands de la pulpe de sesfruits qui ressemblent à une cerise coupée en travers.
Dans tous les temps l’If a été consacré, conjointement avec leCyprès, comme emblème de l’immortalité de l’âme, à ombragerles tombeaux. Il a été longtemps aussi employé pour l’ornementdes jardins; mais à une certaine époque, le mauvais goût s’en étaitemparé pour les décorer de sculptures vivantes en donnant à cetarbre les figures d’animaux, de vases, d’obélisques qui lui enle-vaient sa grâce native ; le ciseau le torturait pour le rendre gro-tesque et son nom a été donné à ces pyramides de lampions offi-ciels qui illuminent tristement chacune de nos révolutions. Maisla nature a repris ses droits et nos jardins paysagistes ont rendu àl’If la forme pittoresque, l’ampleur de ses rameaux touffus, sonaspect sombre, sévère, poétique dont il nous frappe dans ses sau-vages forêts, sur les flancs escarpés de ses montagnes, dans lecreux de ses profondes vallées.
En regard de ce panégyrique, l’If a été accusé de mille griefsaccablants. Suivant Pline, les bourgeons de l’If sont vénéneux etmortels, surtout en Espagne ( 1 ) ; Théophraste considère son
(1) Les bouteilles de bois d’If, que l’on fait dans les Gaules pour porterdu vin dans les champs, sont vénéneuses. (Pline.)
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