40 PALAIS, CHATEAUX, HOTELS ET MAISONS.
dernier, en le dirigeant de ses conseils et en lui conservant les nombreuses relationsde leur famille. Elle parvint facilement à le présenter au roi et à obtenir pour lui lacharge de son père. C’était affaire pressante ; Louis XIV était gravement malade etn’avait plus que quelques jours à vivre ; mais la marquise de Maisons connaissait leprix du temps.
En 1726, M. de Maisons fut nommé membre honoraire de l’Académie des sciences ; etquelques années après président. C’est à ce titre que Fontenelle fut chargé de faire sonéloge, où nous avons puisé la plupart de ces détails (1).
Le château devint, on s’en doute, le lieu de prédilection du président. Il y trouvait leloisir de se livrer à ses études et pouvait y réunir une société d’élite, composée de savantset de lettrés, parmi lesquels il faut tout d’abord nommer Voltaire , dont le souvenir estintimement lié au château. « Aussi la physionomie de Maisons était-elle bien changée. Aubruit des grands équipages avait succédé, pour ainsi dire, le calme d’une chartreuse,d’une chartreuse cependant où l’hospitalité était largement pratiquée, la règle facile et latable abondante. Dans la journée, il est vrai, tandis que le maître, enfermé dans sonlaboratoire, soufflait ses fourneaux, ses hôtes, chacun de son côté, travaillant au dedans,les portes s’ouvraient dans le silence ; au dehors, on pouvait apercevoir les commensauxdu logis, les uns s’enfonçant solitairement dans les profondeurs du parc, un livre sous lesyeux; d’autres dans les allées de verdure, comme sous les portiques d’Athènes , philosophantdeux à deux; il semblait que la vie studieuse eût élu domicile dans ce beau domaine.Mais le soir venu, le souper servi, au feu des bougies, à la fumée des mets, au montantdes vins, tout s’anime ; les dames sont présentes, et chacun redevient du monde pourpayer son écot de gaieté, de grâce et d’esprit ; les conversations intéressantes s’entamentet s’interrompent pour se poursuivre au salon où l’on prend le café du président plan-teur, qui veut des compliments. Puis, lorsque les profanes se sont retirés, le cénaclerapproche les sièges, on cause, on parle, on discute philosophie, sciences et belles-lettres ;on risque son opuscule, on fait part de sa découverte, on demande conseil pour l’ouvrageen projet (2). »
Voltaire avait sa chambre au château; et il y trouvait l’hospitalité chaque fois qu’illui plaisait de la réclamer. Cette chambre porte encore à cette heure le nom del’illustre philosophe et montre, au ciel de lit de l’alcôve, une peinture mythologique, unesorte de Danaé court vêtue, qui laisse, nous a-t-il semblé, beaucoup à désirer commeexécution. En novembre 1723, Voltaire , qui séjournait au château, est atteint de lapetite vérole ; mais les soins qui lui sont promptement prodigués, les attentions conti-nues des maîtres du logis, le rendirent enfin à la santé ; toutefois, il ne put de sitôtretourner à Paris .
« J’attendais avec impatience, écrit Voltaire au baron de Breteuil, le moment où
(1) Mémoires de l’Académie des Sciences , année 1731.
(2) Le château de Maisons, son histoire et celle des personnages qui l'ont habité, par Henri Nicolle. Paris , 1858. Travaildes plus remarquables qui nous sert en quelque sorte de guide pour le nôtre, au moins en ce qui concerne la partie histo-rique. M. Nicolle a su répandre un tel charme, a su prodiguer un si vif esprit dans tout son livre, que non-seulement nousne saurions mieux faire que de le suivre dans la voie qu’il nous trace, mais encore, dans l'intérêt même de nos lecteurs,nous ne devons pas hésiter de temps à autre à lui faire des emprunts.