42 PALAIS, CHATEAUX, HOTELS ET MAISONS.
Voltaire écrivit au sujet de cette mort regrettable, et à laquelle il assista. Cette lettre estadressée à M. de Cideville.
« Mon cher ami, la mort de M. de Maisons m’a laissé dans un désespoir qui va jusqu’àl’abrutissement. J’ai perdu mon ami, mon soutien, mon père (1). Je ne me consolerai dema vie de sa perte et de la façon cruelle dont je l’ai perdu. Il a péri faute de secours aumilieu de ses amis. Il y a à cela une fatalité affreuse. Que dites-vous de médecins qui lelaissent en danger à six heures du matin et qui se donnent rendez-vous chez lui à midi ?Ils sont coupables de sa mort. Ils laissent six heures sans secours un homme qu’un instantpeut tuer ! Que cela serve de leçon à ceux qui auront leurs amis attaqués de la mêmemaladie ! Mon cher Cideville, je vous remercie bien tendrement de la part que vousprenez à la cruelle affliction où je suis. Il n’y a que des amis comme vous qui puissentme consoler. J’ai besoin plus que jamais que vous m’aimiez. Je me veux du mal d’êtreà Paris . Je voudrais et je devrais être à Rouen . Je viendrai assurément le plus tôt que je
pourrai. Je ne vous mande aucune nouvelle de moi, ni de mes ouvrages ni de
personne, je ne pense qu’à ma douleur et à vous. »
En la personne de Jean-René de Longueil de Maisons dont il vient d’être parlé, s’étei-gnit la branche aînée des Longueil ; et c’est alors que les grands biens de M. de Maisonsdevinrent le partage des collatéraux.
La seigneurie et le château de Maisons passèrent à la marquise de Belleforière, uneLongueil de la branche cadette : mais cette dame, déjà fort avancée en âge, ne garda paslongtemps ce brillant héritage ; elle légua le marquisat de Maisons à son petit-fils LouisArmand de Boisfranc de Soyecourt, comte de Tilloloy, qui porta le titre et le nom demarquis de Soyecourt. Ce personnage était maréchal de camp des armées du roi. Il paraîtavoir été un grand seigneur fort dépensier ; car il ne tarda pas à faire argent de sonhéritage. Le comte d’Artois en devint l’acquéreur le 25 février 1777, et l’acte de cessionlui donne en même temps la seigneurie de Poissy et de Saint-James, le tout au prix dedeux millions trois cent mille livres.
Le nouveau propriétaire eut à remeubler complètement le château mal entretenu parle marquis de Soyecourt. Il fit replanter le parc, réparer et modifier les jardins. Lesdépenses de cette restauration atteignirent au chiffre énorme de six cent mille livres ;chiffre dont on peut voir le détail dans les comptes des années 1778 à 1780. Malgrécela, dans les premiers temps de la possession du comte d’Artois, l’immense propriété deMaisons courut grand risque d’être morcelée, et le château lui-même démoli. Il n'estpeut-être pas inutile de faire connaître comment le somptueux édifice du xvn e siècleput échapper à ces projets de vandalisme, et nous emprunterons encore à l’érudition deM. Nicolle les détails où il abonde, afin d’édifier nos lecteurs sur un point aussi intéres-sant de l’histoire de notre château.
« Différents actes et mémoires font connaître que le comte d’Artois ne fit l’acquisition
(1) M. Henri Nicolle, qui cite aussi dans son remarquable travail cette lettre de Voltaire , fait spirituellement remarquerque le père aurait eu six ans de moins que le fils ; <c mais, ajoute-t-il, la douleur d’apparat d’un tragique, d’un grandhomme qui n’a guère bien aimé que soi, n’y regarde pas de si près. » Voltaire , en effet, naquit en 1G94 et le présidentde Maisons en 1699 seulement.