DU XV e AU XVIII e SIÈCLE.
43
de Maisons que parce que le roi lui ayant donné le château de Saint-Germain, sanscomprendre la forêt dans ce don, il lui était nécessaire d’y joindre un parc. Or, l’annéed’ensuite, le roi parut désirer que le comte lui cédât, — non pas Maisons pour joindre unchâteau à sa forêt, — mais seulement le parc de Maisons. Il était à sa convenance de leréunir à la forêt de Saint-Germain qu’il continuait.
« Deux offres furent faites, la première de payer ce parc à raison de 1800 livresl’arpent, soit, pour les 500 arpents, 900,000 livres. — La seconde de l’échanger contrele Yésinet et la réserve des baliveaux dans la forêt de Saint-Dizier , en Champagne .D’un autre côté, les besoins de la guerre empêchèrent le ministre de donner suite à cettedépense de 900,000 livres; de l’autre, les objections du comte sur le Yésinet firent échouerles propositions d’échange ; le comte disait que le Yésinet « est moins un bois qu’unecontinuité de terrains vains et vagues. » — À vrai dire, le prince, dans le premier ravisse-ment de sa nouvelle propriété, n’obéissait qu’à regret à son frère, et n’avait nulle enviede céder son parc.
Quatre ou cinq ans plus tard, ses sentiments changèrent et ce fut lui qui désira quele roi reprît cette affaire. La satiété était-elle venue? Le comte s’apercevait-il que lesdépenses de la restauration, ajoutées au prix de l’acquisition, formaient un gros capitalpour un simple revenu de 40,000 livres ? Était-il gêné d’argent, comme il lui arrivasouvent? — Cette dernière hypothèse est inadmissible devant les mémoires qu’il adresseau roi pour que la somme de 900,000 livres, précédemment proposée, soit portée auchiffre rond d’un million.
« _ Le comte d’Artois offre donc de vendre le parc de Maisons, et son mémoire
ajoute : « Au moyen de quoi il ne reste plus que le château. Le roi répugnerait sansdoute à l’acquérir, mais il serait facile d’en ordonner la démolition pour continuer leparc ou plutôt la forêt de Saint-Germain jusqu’à la rivière. »
« Démolir le château de Maisons ! Mânes des Mansart et des Longueil, vous avez dûfrémir dans votre tombeau. Démolir le château ! 0 prince ! vous ignoriez donc votretrésor, que sans plus de façons et avec ce léger dégagement vous auriez commis cevandalisme ! « Le château retient le roi d’acquérir Maisons ; vite qu’on jette le châteaupar terre et que je rentre dans mes déboursés ! » Par bonheur pour votre mémoire,prince très-excellent, le roi n’alla pas plus loin et les choses en restèrent là. »
Ainsi, bon gré mal gré, le comte d’Artois dut garder ce beau domaine ; et à ce qu’ilparaît, il en prit son parti d’une façon assez gracieuse, car la résidence de Maisonslui servit souvent à donner des fêtes, et des fêtes très-somptueuses, où l’on vit plus d’unefois Louis XYI et Marie-Antoinette . Jusqu’en 1789, le château fut conservé dans ungrand état de prospérité ; mais bientôt sonna l’heure néfaste, et le chef-d’œuvre deMansart eut à souffrir, comme tant de demeures seigneuriales, de Y espèce de fureur etde vandalisme qui saisit la France pendant les années révolutionnaires. Plus heureux,toutefois, que tant de palais et de châteaux démolis ou réduits en cendres, il reçut seule-ment quelques attêintcs ; et si à présent la majeure partie de ses dépendances a disparu,ce ne sont pas les hommes de la révolution qu’il en faut accuser. Un financier célèbre