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Tome deuxième.
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48 PALAIS, CHATEAUX, HOTELS ET MAISONS,

grand seigneur de robe qui rêvait de recevoir la cour, afin quaprès les fatigues de lareprésentation, le lettré, lisant Horace et Virgile , pût se reposer sous quelque ombresilencieuse, propice à la méditation, ou promener son livre dans les sentiers d'une vraiecampagne (1). »

Cest dans cette contemplation, sans doute, et dans ce moment, que Mansart , entre-voyant ses plans, dut demander à M. de Longueil carte blanche pour son génie. Or,ce que le grand architecte entendait par pouvait être ruineux : on bavait vu souvent,mécontent de son œuvre, faire démolir pour reconstruire. Mais cette liberté de pouvoirtoujours mieux faire était sa condition sine qua non. De plus puissants que le présidentnavaient voulu y souscrire ; il accepta, et ce fut son honneur, sa bonne fortune aussi,d'avoir laissé lartiste maître de la disposition de ce vaste édifice et de la dépense quilexigerait : cette généreuse confiance lui valut la gloire de faire naître un des plus pursmorceaux dont barchitecture française shonore. Mansart, dailleurs, ne la lui lit pastrop payer. On rapporte, et cest un fait certain, quaprès avoir élevé uneaile du château, il la démolit pour la rebâtir sur un autre plan (2); mais il neut pasdautre écart : ce fut donc quelque cent mille livres de plus à mettre au chapitre desdépenses imprévues, pas davantage.

Quelle est la valeur de ce château, nommé par nous et par la voix publique, le chef-dœuvre de Mansart , et pour lequel il usa de la liberté largement octroyée de bâtir etdémolir à sa guise? Nous pourrions renvoyer à lexamen de nos planches, et placer sousles yeux du lecteur, non pas des appréciations toujours insuffisantes, mais la réalitéelle-même, reproduite autant quil est possible par les moyens de la gravure. Nousciterons cependant les paroles dun homme qui était à même, plus que tout autre, desavoir ce quil en faut penser. « Le château de Maisons, dit Perrault dans son éloge de

(1) H. Nicolle.

(2) Nous ne savons pas si, à notre époque, un architecte qui procéderait comme François Mansart serait susceptible de secréer une nombreuse clientèle. Tout en sinclinant devant cette grande conscience de lartiste, devant cette indépendanceincroyable, il faut y regarder à deux fois cependant,avant doser les proposer comme modèles Cette humeur de Mansart,ce tourment de son génie put coûter cher à ses clients ; mais elle lui fut aussi à lui-même, et dans plus dun cas, fortpréjudiciable. Quon veuille bien nous permettre et nest-ce pas ici le cas? quelques mots sur cet artiste duncaractère si étrange, devenu, malgré tout, justement célèbre et lune des gloires de larchitecture française.

En 1645, Anne dAutriche avait eu recours à lui pour construire le Val-de-Grâce, à Paris : Mansart , à cette époque,avait déjà jeté bas laile du château de Maisons, dont il était mécontent ; et lo bruit en vînt jusquaux oreilles de la reine,avec cette circonstance, que la démolition avait eu lieu sans que le propriétaire en fut prévenu, ce qui était inexact.Les temps étaient difficiles pour la cour, et lon pouvait craindre dêtre entraîné plus loin quon ne le voulait par lesinstabilités ruineuses de larchitecte. La reine eut peur, et remercia Mansart . Lemuet fut choisi pour lui succéder, maisavec injonction, cependant, de se conformer en tous points au projet de son prédécesseur : malheureusement, il y mit,dit-on, du sien, et les critiques du temps, qui ne lépargnèrent pas, laccusent davoir surchargé le monument de lourdessculptures non prévues par larchitecte primitif. Quant à ce dernier, lorsque la direction des travaux du Val-de-Grâce luifut retirée, il fit élever, comme une noble veugeance, la chapelle du château de Fresnes sur les plans réduits, et tels quilles avait conçus, du Val-de-Grâce. Cependant, cette terrible leçon ne corrigea point léminent architecte de ce que nousappellerons son exagération de conscience : dans une autre occasion, nous le voyons encore sacrifier pour les mêmesmotifs, non-seulement ses intérêts, mais encore sa réputation, sa gloire. Voici le fait :

Lorsquil fut question de lachèvement du Louvre, Colbert , qui avait de lestime pour Mansart , lui demanda tout daborddes projets, Lartiste accepta loffre du ministre, et lui montra plusieurs dessins très-remarquables qui le séduisirent :seulement, aucun de ces dessins nétait entièrement arrêté ; tous laissaient voir le tracé de plusieurs pensées différentes.Dans son embarras du choix, Colbert veut laisser à Mansart lui-même le soin de choisir. Que Mansart se décide pour celuide ses projets quil préfère, quil larrête irrévocablement, et le projet sera mis à exécution. On ne pouvait rien proposerdeplusconvenable.il nous semble, et il serait à désirer que les administrateurs de notre siècle ne procédassent jamais