DIJ XV e AfJ XVIII e SIÈCLE.
49
Mansart, le château, dont il fit faire tous les bâtiments et tous les jardinages, est d’unebeauté si singulière, qu’il n’est point d’étrangers curieux qui ne l’aillent voir commeune des plus belles choses que nous ayons en France . » De nos jours, on pense encorecomme Perrault ; et les artistes à qui l’architecture déjà classique de ce splendideédifice pourrait, à la rigueur, ne pas plaire, sont souvent les premiers à rendre justiceà l’éclatant, mérite de l’ensemble et du détail, et au merveilleux talent de l’architecte.
Ce qu’il faut surtout admirer, ce sont les façades : là, surtout, point de sécheresse dansles lignes, nulle superfluité dans la décoration : « Rien de trop » semble avoir étéle mot d’ordre adopté par Mansart , lorsqu’il traça sur le vélin ses conceptions et sesplans. Partout les proportions sont heureuses, et révèlent un goût parfait, un bon sensexquis. Si notre parole avait plus d'autorité, nous n’hésiterions pas à engager ceuxqui étudient l’architecture à faire de ce beau monument l’objet de leurs méditations :il leur serait à la fois un modèle qui les instruirait, et une source d’inspirations où ilspuiseraient abondamment les pensées premières de leurs créations futures.
VI.
Décrivons à présent le château de Maisons.
Nous donnons d’abord un plan général de l’édifice.
Ce plan (fig. I) a deux destinations : indépendamment de l’orientation du bâtimentet de sa position à l’égard de la Seine , et des pentes qu’il domine ; indépendamment duplateau où se voit le château proprement dit, il indique aussi les transformations subiespar les dépendances et le tracé du nouveau parc.
La première chose à signaler sont les trois avenues qui permettent d’accéder au
autrement. Mansart comprend parfaitement l’honneur qui lui est fait; il semble comprendre parfaitement aussi les justesexigences du ministre ; mais, malgré cela, il ne saurait se décider à arrêter irrévocablement son plan ; il se retire aprèsavoir témoigné au ministre « qu’il ne pourrait jamais se décider à se lier les mains, et que, pour se rendre plus digne del’honneur que Sa Majesté lui destinait, il voulait se conserver le pouvoir de toujours mieux faire ».
Dans cette occasion exceptionnelle, et faite, en vérité, pour tenter même les plus timorés, Mansart , on le voit, faitpreuve d’une conscience exagérée : c’est du moins notre opinion. Dans toute sa carrière, et dans quelque travail qu’ilentreprît, Mansart se montra le même. Ainsi, lorsqu’il eut à compléter l’hôtel de Carnavalet , au lieu de substituer sapersonnalité à celle de ses prédécesseurs, il prit soin de s’effacer devant leur œuvre, et la respecta autant qu’il fut possible.Ce dernier fait est vraiment digne d’éloges ; et il faut croire que les architectes du xvn® siècle ne procédaieut pas toujoursainsi, car. du vivant même de Mansart , il excita l’étonnement général. « En voyant cet ouvrage, dit Félibien , on ne saitlequel estimer le plus, ou de l’art dont il s’est servi pour conserver, comme il l’a fait, ce qu’il y a de beau dans le portail,ou la science avec laquelle il a rebâti le devant de cet hôtel. »
Mansart , cependant, malgré son beau caractère et sa grande conscience artistique, ne fut pas complètement à l’abri descritiques et même des calomnies. Il travaillait pour le cardinal Mazarin ; il n’en fallait pas davantage pour être attaqué parles esprits frondeurs du temps. Mais ces outrages, — car les choses allèrent fort loin, — sont de ceux qui ne manquentjamais d’atteindre tout homme qui parvient à dépasser les autres. Le célèbre architecte eut, du reste, Je bon esprit de s’enpréoccuper médiocrement. Il mourut en 1668, âgé de soixante-huit ans, et possesseur, malgré tout, d’une fort belle for-tune. Il n’avait point d’enfants ; ses deux neveux furent ses héritiers, à la condition qu’ils joindraient son nom au leur.Nul n’ignore que, sous le nom de Mansart , Jules Hardouin devint un architecte célèbre aussi.
Parmi les édifices élevés par les soins de François Mansart , on doit citer : les châteaux de Berny ; de Balleroi, près deBaycux ; de Gèvres, de Fresnes ;une partie de celui de Choisy, démoli depuis peu ; l’église des Filles Sainte-Marie, rueS'iint-Antoine, à Paris ; l’hôtel de Toulouse ; le portail de l’église des Feuillantines, et la réparation du château de Blois .Mais, de tous ces édifices dus au génie de Mansart , aucun ne lui fit plus d’honneur que le château de Maisons, dont nousmontrons aujourd’hui les dessins.
It.
13