76 PALAIS, CHATEAUX, HOTELS ET MAISONS.
à son admiration, il revient peu à peu de son saisissement et analyse un à un les différentsdétails de ce site merveilleux. Qui dira les richesses enfermées dans cet écrin, les trésorsdéployés par la nature ? Il y faudrait les pinceaux des plus fameux coloristes ou la plumede ces brillants écrivains qui ont créé pour ainsi dire un art nouveau en enrichissantnotre littérature de ce don de décrire, de ce don de faire voir qui semblait réservé à lapeinture. Un d’eux, et non pas un des moindres, assurément, a consacré à Saint-Germain,au paysage et au château qui nous occupent, un de ses écrits les plus estimés, et ily a semé à profusion les descriptions et les tableaux. En particulier pour la vueexceptionnelle, unique au monde, aperçue du haut de la terrasse, il a tracé une de cespages qui dépassent peut-être en certains endroits, à force de richesse et d’éclat, lesréalités de la nature, mais ne leur sont jamais inférieures. Nous empruntons à cetévrivain (M. Léon Gozlan ) cette page insérée dans son curieux roman le Médecin duPecq. Le moment choisi par l’auteur est un des plus favorables au but qu’il se proposait,c’est la saison d’automne avec ses tons si doux et si riches, et l’heure du jour où il laprésente est celle où la lumière, déjà affaiblie, ne tardera pas à s’éteindre et cédera laplace au crépuscule. Voici les paroles du romancier :
« Le soir qui venait, répandait un brouillard jaune sur la campagne ; une partie duchâteau, par la singularité de sa construction, était violette et l’autre partie enflammée :ses angles de briques, dans cet air onctueusement claré, s’émoussaient et passaient ens’amaigrissant à l’état indécis d’une silhouette ; le balcon de fer filait comme un rubannoir autour de la grande masse rougeâtre, et chaque croisée s’effaçait derrière l’épaisseurdes murs comme pour dormir ; les adossements de la forêt à la marge de la terrasseconservaient seuls encore quelque forme arrêtée et liseraient la promenade de bandesvaporeuses.
» La vaste campagne, qui part du pied de la terrasse de Saint-Germain et seprolonge sous un horizon illimité sans obstacle de nulle part, était brisée au milieu autremblement des coups de faux du soleil. Il illuminait de sa nappe de feu le châteaude Maisons, dont, il laissait bleuir le toit d’ardoises sous le ciel, le Mesnil, Vaux,Carrières-sous-Bois, le Belloi, le Pecq , le château et la ville de Saint-Germain, lePort-Marly, étroite coupe où s’est dissoute la perle la plus pure de la fortune monar-chique de Louis XIV , qui se ruina pour faire monter une goutte d’eau dans des réservoirssuspendus ; la pompe à feu, l’aqucduc, arc de triomphe élevé à la folie désastreuse deVersailles , construit pour désaltérer les lions de bronze de la demeure du grand roi, Litede la Loge, Primai, Louveciennes , échiquier de petits bois, de sable doré et d’eauétamée; Celle, Bougival , Voisin-le-Bois, la Chaussée, la Jonchèrc, voie lactée de mai-sons poétiques ; Bueil où passa Richelieu, où passa Napoléon , où restera toujours leparfum des pèches ; Nanterre , où naquit Sainte-Geneviève ; Malmaison, où mourutJoséphine, l’impératrice adorée ; le mont Valéricn, autrefois couvent et à présent forte-resse, autrefois et à présent remplissant toujours une fonction militante.
» Chaque heure du jour présente sous un aspect nouveau ce beau développement deterrains, plus peuplé d’élégantes habitations que la vallée de I Arno. Quand il souffle