DU XV e AU XVIII e SIÈCLE.
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avec quelque violence, le vent y produit des frémissements et des ondulations commesur la mer; la forêt fléchit, creuse, se relève de vague en vague et moutonne à la cime.Dans les premières matinées d’autonne, on croirait voir les polders de la Hollande ; àtravers la moelleuse transparence de la fumée végétale, les objets se déplacent, perdentleur physionomie et affectent la confusion incolore d’un rêve jusqu’au moment où lesoleil, lorsqu’il se montre, vient à teindre d’une nuance rouge le fleuve, les baguettesdépouillées, le fouillis des feuilles encore restées aux branches. Alors le paysage entiersemble, en sortant du brouillard, s’être transformé en madrépores pourprés, encorail.
» Au delà du fleuve qui coupe cet incommensurable paysage, c’est Iïerblay, Montigny,La Frette, Cormeil, Sartrouville , Houille , Montesson, le bois du Vésinet, où l’on enten-dait sonner autrefois, dès le point du jour, le clairon des gardes royales ; c’est Croissy,Chatou , Argenteuil, merveilles sur lesquelles Louis XIV ferma la croisée de son châteaude Saint-Germain, en s’écriant : Là-bas, là-bas, Saint-Denis , le tombeau qui m’attend !
» Mais le soleil a pâli, la terre disparait ; elle se noie enfin sous une immersiond’ombre, et il ne reste d’apparent que les touffes d’arbres jetées çà et là, que des groupesflottants de villages. Cette tache, plus éloignée, c’est la dentelure de Paris ; cette bandeblanche, l’Arc de l’Étoile ; cette trace lézardée, à gauche, la flèche de Saint-Denis . »
Voilà donc ce qu’est Saint-Germain au xix e siècle ; le voilà bien tel qu’il existe. Leromancier est fidèle et n’a rien inventé ; mais qu’était-il il y a huit cents ans, quandpour la première fois on songea à bâtir le château? Gela est assez facile à conjecturer.Supprimez ce que les hommes ont fait, c’est-à-dire ces nombreux villages épars dans lacampagne et sur les rives de la Seine, ces châteaux, ces villes élevées récemment ; sup-primez aussi les maisons même de Saint-Germain, que vous restera-t-il? A vos piedsle cours du fleuve déjà serré entre les bois, puis, au delà, vers Paris , les bois du Vésinet ;plus loin des collines se perdant sous les bois, et derrière vous des bois immenses ouplutôt des forêts, occupant partout l’horizon. On bâtit des maisons, mais on abat desarbres : voilà en deux mots, l’histoire de l’humanité dans ses rapports avec la nature.Replantez donc ces champs cultivés et ces espaces occupés par les maisons, conservez lalargeur des aspects et étendez sur tout cela une lumière splendide, vous aurez l’idée laplus vraie du Saint-Germain antique, de celui qui captiva nos ancêtres il y a huit centsans. Pour tout dire, en un mot, Saint-Germain était situé dans une immense forêt coupéeen deux par un grand fleuve : de là son nom de Saint-Germain en Laye.
Laya, ledia ou lula , telle est la traduction latine du mot Laye que nous avons souligné.Laya, en celtique, est une forêt ou plutôt une portion de bois dont on a circonscritl’étendue, facilité le parcours et l’exploitation en marquant certains arbres et en ouvrantdes sentiers. La Laye de Saint-Germain avait une assez vaste étendue, puisque, d’aprèsles registres de l’abbé Irmion, le monastère de Saint-Germain des Près y possédait, autemps de Charlemagne , un ensemble de trois lieues de bois.
H.
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