DU XV e AU XVIII e SIÈCLE.
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reine devait inévitablement traverser en allant à la chapelle. Dans cette chambre, pourainsi dire ouverte, vint, dans la nuit du 2 octobre 1697, le terme d’une grossesse quiavait été dissimulée avec soin. Deux dames emportèrent l’enfant qui reçut le nom deLouis de Bourbon , comte de Vermandois. La pauvre accouchée lit dire qu’elle avait ététourmentée de violentes douleurs d’entrailles ; afin d’éloigner les soupçons, elle exigeaque sa cheminée fût ornée de tubéreuses et autres fleurs dont les parfums passent pourêtre funestes aux femmes en couche.
» A midi, la reine passa, s’approcha du lit, dit quelques mots affectueux à la malade,et poursuivit sa route sans se douter de rien. Elle avait une jupe garnie de peauxd’Espagne dont l’odeur provoqua, chez La Vallière , les premiers symptômes d’unesyncope qui eût pu être mortelle.
» M me de Montespan mit au monde, le 31 mars 1670, Louis-Auguste de Bourbon ,duc du Maine. La Beaumelle, dans le tome 1 er des Mémoires de Maintenon , page 253,rapporte les circonstances émouvantes de cet accouchement. La gouvernante, M me Scarron ,n’avait pas été introduite au château ; elle attendait en carrosse dans le petit parc ;Lauzun reçut le nouveau-né et, sans prendre le temps de l’emmailloter dans les langes,l’emporta sous son manteau. Il avait à traverser une partie des appartements de lareine et quelle singulière figure il aurait faite s’il avait été rencontré ! »
Louis XIV ne laissa pas seulement à Saint-Germain le souvenir de ses amours, et sonséjour dans cette résidence fut signalé par autre chose que l’éclat des fêtes ou la gloiredes armes. Tout cela a passé avec le temps où il a vécu et s’adresse avant tout aux éruditset aux curieux des temps écoulés. Mais ce qui doit intéresser les hommes de notre siècleobservant d’un œil attentif les objets disséminés autour d’eux et essayant de s’en rendrecompte, c’est l'influence de ce puissant monarque sur les choses arrivées jusqu’à nouset composant le patrimoine de l’époque où nous vivons. Cette influence on la voitpartout indélébile et vivace. Elle existe aussi au point de vue qui nous occupe, au pointde vue purement architectural. Elle se voit en particulier à Saint-Germain. Le châteaun’est pas tel à présent qu’il était sous Henri IV , À consulter les gravures et lesdescriptions éditées par les contemporains, on voit de singulières différences (1).Sont-elles un bien, sont-elles un mal ? Et à qui faut-il les attribuer ? Nous allonsl’examiner dans un certain détail.
Déjà Louis XIII avait fait des modifications assez graves et altérées par des additions etdes suppressions le caractère profondément gothique de la chapelle de saint Louis.Louis XIV , à son tour, ne montra pas une plus grande intelligence de l’art. H fit con-struire, il est vrai, par les soins de Le Nôtre, cette magnifique terrasse de 2400 mètresde longueur sur 35 de largeur, qui aboutit à la grille royale et de tous les points de
(1) Voyez la planche III représentant un fac-similé du château de Saint-Germain, d’après une gravure d’Israël Sylvestre .Cette gravure, d’un effet lumineux et puissant, paraît en même temps d’une grande fidélité, comme toutes les œuvresde Sylvestre, du reste, qui est resté dans son genre un modèle inimitable. Elle est intitulée : Veue du château de Sainf-Gcrmam en Laye, dessigné et graué par Israël Sylvestre , 1658. Deux lourds carrosses du temps se voient au premierplau et tout un peuple de personnages s’agite sur l’immense place du château royal. Nous avons cru que la reproductionde cette précieuse gravure du temps n’était pas inutile au complément de notre travail sur Saint-Germain et devait mêmeajouter à son intérêt.