92 PALAIS, CHATEAUX, HOTELS ET MAISONS.
laquelle on jouit d’une admirable perspective ; il dépensa plus de six millions en travauxde toute nature ; il imprima aux appartements du vieil édifice un cachet plus moderneet une salle de spectacle y fut disposée ; mais des additions vraiment déplorables vinrentchanger le caractère de l’édifice. Nous cédons ici la parole à M. E. Millet, dont l’autoritéinvoquée plus haut, quand nous avons parlé de François 1 er , doit nous mettre à couvertau sujet des critiques adressées à Louis XIV (1).
« Les cinq gros pavillons ajoutés par Louis XIV sont venus déranger toute l’harmoniede cette vieille demeure. Ces bâtiments ne présentent pas le caractère monumental elgrandiose des constructions de cette époque (celle de François I er ). L’architecte Mansart,chargé de la direction des ouvrages, s’est borné à donner l’ordre de reproduire tant bienque mal l’architecture du xvi e siècle. Les immenses saillies des pavillons privent des vueslatérales qu’on avait jadis des croisées du monument et projettent de grandes ombresqui attristent les diverses faces du château. Les constructions de Mansart ont été à peineachevées, et il est des étages entiers qui manquent d’escaliers et dans lesquels on neparvient que par des degrés étroits ou espèces d’échelles de bois. Les anciens pavillonsqui ont été en partie conservés ont été mutilés de la plus triste façon. L’architecture duxvn e siècle n’est souvent à Saint-Germain qu’un mensonger placage présentant de faussesbaies simulées devant l’ancienne architecture de François I er . Il est des croisées duxvii e siècle qui se trouvent dans la hauteur des reins des voûtes et qui ne permettraientpas l’établissement des carrelages des pièces éclairées par ses croisées. Le pavillon sis aumilieu de la façade méridionale, a l’un de ses murs, ayant 30 mètres de hauteur, con-struit sur la muraille en claire-voie de la chapelle de saint Louis qu’il écrase assurément,La charmante chapelle de Louis IX a été aussi, pendant le xvn e siècle, enveloppée dansdes bâtiments vers la rue du Château-Neuf, et cette élégante construction, visible jatlisde l'intérieur du château, est masquée aujourd’hui par des bâtisses qui ne nous paraissentprésenter aucun intérêt. »
Dans une note que nous devons encore à son obligeance, M. Millet ajoute : « L’ordrefut donné à Mansart d’augmenter le château de cinq gros pavillons ; les bâtisses furentaussitôt commencées : mais on constate de telles négligences dans les constructions qu’onserait tenté (le croire que l’architecte était dans le secret de Louis XIV , et que cet artistesavait à merveille que notre vieux château était délinitivement abandonné. »
Louis XIV avait-il donc en effet le dessein de quitter à jamais la vieille résidence deses prédécesseurs et ne faisait-il ces travaux que pour donner le change aux habitants deSaint-Germain (on l’a affirmé du moins) qui avaient réclamé contre un éloignementaussi nuisible aux intérêts de leur cité ? On attribue deux motifs à la déterminationdu monarque. Le jeune roi, donnant un luxe inusité à sa cour, le château fut bientôtinsuffisant pour la loger. Un officier l’avertit un jour que le vieux château ne pourraitrecevoir toutes les personnes portées sur la liste. « Il faut bien que nous y logions, ditLouis XIV , mon aïeul et mon père y ont bien logé. » — « Voilà de plaisants rois dontvous me pariez, répondit le courtisan. » — Le roi pensa alors à faire bâtir une résidence(1) Rapport de M. E. Millet, architecte du château de Saint-Germain , à Son Exc. le Ministre d’Etat. Février 1862,