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Tome deuxième.
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98 PALAIS, CHATEAUX, HOTELS ET MAISONS.

même époque. On est devant un édifice d’origine et de destinée particulières, et l’on s’enaperçoit.

De larges et profonds fossés entourent les constructions, flanquées à leurs angles depavillons très-saillants et dissemblables : ces pavillons ne contribuent pas peu assurémentà pénétrer le visiteur, quel qu’il soit, d’une impression étrange. On ne se rappelle pasavoir rien vu de semblable ; on sent, nous le répétons, que l’on est en présence d’unmonument ayant une originalité bien marquée, un caractère particulier et tout à faitunique comme composition. Toutes les idées que Ton pouvait se faire à l’avance d’unchâteau du commencement du xvi e siècle, se trouvent bouleversées en un clin d’œil.Plus de ces délicates et gracieuses décorations particulières aux bords de la Loire ; pointde ces fines broderies, si nombreuses dans la renaissance bourguignonne et champe-noise ; quant au pittoresque des édifices normands de cette époque, il ne s’y rencontrepas davantage : mais, il faut le dire, toutes ces qualités absentes sont remplacées, enmanière de compensation, par d’autres qualités que l’on chercherait en vain dans lespays que nous venons de nommer. On est obligé de reconnaître à Saint-Germain unegrande unité d’ensemble, et chose remarquable, l’échelle générale y est certainementbeaucoup plus grande que l’échelle adoptée pour les édifices contemporains. De là res-sort incontestablement un aspect magistral et puissant, exprimant bien la demeure d’unsouverain à la fois guerrier et homme de goût. Une bonne silhouette ferme, simple, sedécoupant agréablement sur le ciel, ajoute aussi à cette impression de grandeur quecomporte au premier chef le vieux château royal. Encore nous faut-il tenir compte ensa faveur de toutes les additions et modifications opérées pendant deux siècles sur l’édi-fice tout entier, et qui naturellement ont diminué, ont altéré une grande partie de soncaractère. Les énormes pavillons d’angle, ajoutés sous Louis XIY, nous paraissentavoir considérablement alourdi l’ensemble et dénaturé l’aspect général de la demeuresouveraine.

Le château que nous décrivons n’est plus l’ancien château féodal avec ses tours dedéfense, ses créneaux et ses meurtrières : c’est une véritable demeure de plaisance,conçue et établie selon le nouvel ordre d’idées que François I er venait de puiser en Italie et que les seigneurs de la cour répandirent depuis dans toute la France .

Tous les bâtiments reposent sur un puissant soubassement qui plonge dans les fosséset porte un petit étage formant entresol : cet entresol est accusé par un chemin de rondecouvert par une terrasse. Le passage en question qui dessert toutes les diverses partiesde l’édifice à cet étage pourtourne tout le château en faisant saillie sur le rez-de-chaus-sée, et cette saillie est obtenue au moyen d’une multitude de corbeaux formant mâchi-coulis. Le petit étage, d’un effet peu ordinaire, est de cette façon pour le château unesorte de ceinture découpée. Toute la partie inférieure de Saint-Germain jusqu’à l’entresol,est construite en pierre de taille ; au-dessus seulement apparaît la brique que nousverrons jouer un rôle très-important, et comme construction, et comme décoration danstout l’édifice. Le premier étage est évidemment l’étage principal, l’étage royal ; son élé-vation et ses ouvertures largement percées l’indiquent assez clairement. Un deuxième