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Antiquités de l'Alsace ou chateaux, églises et autres monumens des départemens du Haut- et du Bas-Rhin / par De Golbéry et J. G. Schweighäuser
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104 MONÜMENS DE l’a*LSACE.

sont faciles à reconnaître; ils sont comme les tours de cette belle limite. Puis,par un contraste singulier, on retrouve à sa droite les douces images de la solitude;on aperçoit dans les profondeurs, entre les forêts et les collines, un vieux monas-tère , celui de Luppach. Pendant la terreur révolutionnaire Delille y a caché sagloire sous un nom emprunté ; car ce couvent avait été transformé en hôpitalmilitaire, et le chantre de Ylmagination travaillait dans un bureau. L’on veutque ce poème y ait occupé ses loisirs, et peut-être sa belle description du vieuxchâteau lui fut-elle inspirée par la masse énorme de celui de Ferrette .

Il ne faut pas essayer de remonter au-delà du 1 2. e siècle, pour établir l’originede la famille de Ferrette . La plus ancienne charte qui contienne ce nom , estde l’année 1 i2fi. Louis, comte de Mousson , épousa , au commencement de cesiècle , Sophie, fille de Frédéric ou Ferry II, duc de Lorraine , et petite-fille duroi de Bourgogne Conrad : elle était héritière du comté de Bar. Ils eurent pourfils Thierry, comte de Mousson et de Bar , qui s’unit à la fille de Guillaume II,comte de Bourgogne . Ce fut Frédéric, issu de cette union , qui, le premier, prit letitre de comte de Ferrette, en l’année que nous venons d’indiquer. Le même jouron le qualifie aussi de comte de Montbéliard ; cependant ce nom demeura plusspécialement à Thiébaut son frère. On aperçoit ici la raison pour laquelle lesdeux maisons de Ferrette et de Montbéliard furent toujours liées, et s’allièrentsouvent l’une à l’autre ; mais on ne devine pas pourquoi il est pour la premièrefois question du titre de comte de Ferrette. S’il avait toujours appartenu auxcomtes de Mousson , ils n’eussent pas attendu si long-temps pour le porter. Onpeut raisonnablement supposer, d’après la situation géographique du pays , queFerrette, et peut-être Montbéliard même, leur advinrent aussi par les femmes,comme le comté de Bar. La mère de ce Frédéric qui est le premier comte, était,ainsi que nous venons de le voir, une héritière de Bourgogne . Il y a tout lieu decroire, d’après les anciennes divisions territoriales, que Ferrette était l’une desparcelles démembrées de ce vaste État.

Que penser, après cela, des. prétentions du généalogiste Bucelinus, qui veutque le premier comte, Louis de Ferrette, ait signalé sa valeur en 933, en com-battant à Mersebourg contre les Hongrois ; que six ans plus tard il ait assisté àMagdebourg au premier tournois? D’autres ont imaginé de faire du premier comtede Ferrette un frère d’Albert IV, comte de Habsbourg . Un rêveur va si loin qu’ildésigne pour fondateur du château, Rapaton, celui-là même qui, dans l’Argovie ,aurait construit le château de Habsbourg . Quoi qu’il en soit, c’est en l’année 1144qu’il est parlé pour la première fois de celui de Ferrette . Frédéric, de concertavec sa femme Stéphanie, fille de Gérard d’Égisheim, fonde le monastère deFeldbach , et il en réserve l’avocatie pour lui et pour l’aîné de ses cîescendans, quioccupera le château de Ferrette. Stéphanie était la seconde femme de Frédéric,qui dabord s’était allié à la maison des ducs de Zæhringen ; elle était soeur ducomte Ulric d’Égisheim , dans la personne duquel s’éteignirent les mâles de lafamille d’Égisheim et de Dagsbourg. A sa mort elle fit passer dans les mains des