soulevés au-dessus du sol. Aussi voit-on bien souvent des êtressouffreteux et délicats, qui dans la vie ordinaire calculent tousleurs pas en vue d’éviter une fatigue disproportionnée à leursforces, et qui, dès qu’ils ont gagné les hauteurs, peuvent impu-nément gravir les collines les plus escarpées et entreprendre delongues courses, entraînés qu’ils sont par la jouissance d’avoirretrouvé leur faculté de locomotion, par le désir de contemplerquelque beau site, ou de cueillir quelque fleur des Alpes dont ilsveulent orner leur album. Un autre trait de l’influence des hau-teurs sur les forces musculaires, c’est la rapidité avec laquelleelles reparaissent, lorsqu'elles semblent anéanties par une lon-gue course...
« Il ne faut pas croire cependant que toutes les personnes dé-bilitées par la maladie puissent être aussi facilement restauréesque nous l’avons dit plus haut. Ce sont surtout les convales-cents, les hommes épuisés par des travaux de cabinet, lesfemmes hystériques et les hypocondriaques qui éprouvent unaussi prompt et complet retour des forces locomotives ; aussine doit-on pas s’attendre à des changements aussi rapides etaussi radicaux chez les malades épuisés par de longues souf-frances, surtout chez ceux dont le système nerveux a été profon-dément atteint. Mais ce ne sont pas seulement la respiration, lacirculation et les forces musculaires qui sont modifiées par leséjour des hauteurs, ce sont les fonctions digestives qui sonttrès notablement modifiées; il suffit d’un très court séjour à lamontagne pour amener un appétit plus vif et plus régulier;aussi faut-il rapprocher les repas et les rendre plus abondants...
« Nous pouvons en dire autant du système nerveux dont lesfonctions sont profondément modifiées par l’atmosphère deshauteurs. Combien de personnes affaiblies par une vie trop in-tellectuelle ont retrouvé par ce moyen la faculté de penser et lapossibilité de se livrer de nouveau au travail du cabinet! Com-bien d’autres, énervées par les soucis et les inquiétudes, ontrepris le calme et l’équilibre nécessaires pour rentrer dans la vieactive ! D’autres encore ont vu céder cette grande impression-nabilité et cette excitation cérébrale qui rend la volonté impuis-sante à modérer le tumulte des pensées. » (Climats de montagne,page 130.)
Après cette revue générale, il nous reste à étudier l’ac-tion du climat d’altitude sur certaines fonctions de l’éco-nomie animale. Cette action a été étudiée surtout au pointde vue de la respiration. L’absorption de l’oxygène dansle sang dépend beaucoup de la pression ; or, comme nousl’avons vu, page 18, celle-ci décroît à mesure que l’altitudeaugmente, et il arrive un moment où l’absorption de l’oxy-gène est insuffisante, et où la respiration ne fournit plusau sang la quantité de ce gaz nécessaire pour entretenir la