De la Pluralité des Mondes. 56 1
978. Nous voyons sept planètes autour du soleil; la terre estla troisième; elles tournent toutes les six dans des orbites ellip-tiques; elles ont un mouvement de rotation comme la terre;elles ont comme elle des lâches, des inégalités , des montagnes.Il y en a trois qui ont des satellites, et la terre en est une; Jupi-ter est applati comme la terre; enfin il n’y a pas un seul carac-tère visible de ressemblance qui ne s’observe réellement entreles planètes et la terre: est-il possible de supposer que l’exis-tence des êtres vivans et pensans soit restreinte à la terre? surquoi seroit fondé ce privilège si ce n’est peut-être sur l'imagina-tion étroite et timide de ceux qui ne peuvent s’élever au-delàdes objets de leurs sensations immédiates? Ce que je dis desplanètes qui tournent autour du soleil s’étendra naturelle-ment à tous les systèmes planétaires qui peuvent environner lesétoiles; chaque étoile, étant un corps lumineux et à-peu-prèsimmobile , se compare naturellement au soleil; et l’on est portéà en conclure que si le soleil sert à retenir et éclairer les planè-tes qui l’envirennent, il en est de même des étoiles, quel quesoit le nombre de ces mondes.
979. Nouÿvoyons à la vue simple plusieurs milliers d’étoiles;il 11'y a aucune région du ciel où une lunette ordinaire 11’enfasse voir dix lois plus qu’on n’en voit à la vue simple. Quandnous passons à de grands télescopes, nous découvrons un nou-vel ordre de choses et une autre suite d’étoiles qu’on ne soup-çonnoit pas avec les lunettes; et plus les instrumens sont par-faits, plus cette infinité de nouveaux mondes se multiplie ets’étend : on peut évaluer à millions le nombre des étoiles quiparoissent dans un télescope de 20 pieds, en supposant qu’ilyen ait autant de tous les cêtés. L’imagination perce au-delàdu télescope, et découvre une nouvelle multitude de mondesinfiniment plus grande que celle dont nos foibles yeux apperce-voient la trace; elle cherche inutilement des bornes: quelétonnant spectacle !
Cependant, quant à la destination de tous ces globes, il estimpossible de dire quelque chose de satisfaisant; les causes fina-les sont une chose trop obscure et trop douteuse, et les philoso-phes nie paroissent y avoir renoncé depuis long-tems; aussid’Alembert, dans l’Encyclopédie, au mot Monde, finit par dire :« Que faut-il donc répondre à ceux qui demandent si les plane-« tes sont habitées? Qu’on n’en sait rien. »