38 COLLECTION ARCHÉOLOGIQUE
II
Les gardes-visiteurs feront, par chaque an, ou chez chaque maître et veuve de maître,autant de visites qu’ils jugeront nécessaires pour les maintenir dans la discipline qu’ilssont obligés d’observer, à condition que les maîtres n’en payeront que quatre.
La communauté des horlogers de Paris est de la juridiction du lieutenant de police,ainsi que les autres corps de cette ville ; ce qui concerne le titre des matières d’or etd’argent dont on fait les boîtes de montre, dépend de la cour des monnaies.
Les parties qui concernent l’art de l’horlogerie sont dépendantes de la communauté.
Ces statuts, que l’on peut lire en entier dans les ordonnances et les éditsrendus par François I er , n’étaient préjudiciables qu’à l’ignorance et à lamauvaise foi; ils servaient de frein au charlatanisme et à la cupidité.
Sous l’empire de ces sages institutions, protectrices du travail, les maîtreshorlogers du xvi e siècle n’avaient pas à redouter la concurrence des per-sonnes étrangères à la corporation. S’ils se préoccupaient de la supérioritéartistique de quelques-uns de leurs confrères, c’était dans le but tout moralde leur disputer les premières places et de les devancer dans la carrièrequ’ils avaient à parcourir.
Cette émulation était on ne peut plus favorable au développement del’horlogerie. Le travail du jour, supérieur à celui de la veille, était surpassépar celui du lendemain. Ce fut par ce concours incessant de l’intelligenceet du savoir, par cette rivalité légitime et fortifiante de tous les membresde la même famille industrielle, que la science elle-même atteignit peu à peul’apogée du bien et du beau. L’ambition des maîtres était de se faire unnom respectable par leur probité commerciale et par la bonne confectionde leurs ouvrages ; c’était là ce qui les conduisait aux honneurs du syndicat ;cette magistrature consulaire était la plus honorable de toutes, car elle étaitle fruit de l’élection et la récompense des services rendus à l’art et à la com-munauté. Les rois qui se succédèrent en France, depuis François 1 " jusqu’àLouis XIII , améliorèrent, par de bons édits, les statuts de la corporation deshorlogers. Cependant, dans certaines circonstances, comme celles de la nais-sance d’un enfant de France , d’une entrée solennelle dans la ville, etc., lesrois s’étaient réservé les droits d’exempter des lettres de maîtrise des ouvriersqui n’avaient pas encore rempli les obligations imposées à tous par les statutsde la corporation; quelques abus furent la suite de ces royales faveurs : aussifurent-ils signalés à Louis XIV , à son avènement au trône, par les maîtreshorlogers de Paris . Ce prince, par lettres patentes qu’on va lire, mit sage-ment fin aux abus qui s’étaient perpétués sous le règne de ses ancêtres.