DU PRINCE SOLTYKOFF.
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élevait l’eau et la distribuait ensuite par plusieurs canaux , au Louvre et àquelques autres quartiers de Paris .
«Les anciens, rapporte Claude Malingre, auteur des Antiquités de laville de Paris, avaient ignoré l’industrie de faire élever et remonter leseaux plus haut que leur source, et le roi a ci-devant employé les plus ingé-nieuses et hardies inventions qui se sont offertes à en laisser la preuve ad-mirable sur ce pont, telle que nous la voyons, et qui 11 e permet plus quenous et les nôtres demeurions en cette ignorance. C’est une Samaritaine,laquelle verse de l’eau à Notre-Seigneur, et au-dessus une industrieuse horlogequi, non-seulement marque et montre les heures devant midi en montant,et celles qui suivent après en descendant, mais aussi qui sert à connaîtrequel chemin le soleil et la lune font sur notre horizon, représenté, selon ladiversité de leurs cours, par une pomme d’ébène : voire qui représente lesmois et les douze signes du zodiaque, compris dedans six espaces en mon-tant, et six en dévalant. Plus, quand l’heure est prête à sonner, il y a der-rière l’horloge certain nombre de clochettes, lesquelles représentent tan-tôt une chanson, tantôt une autre, qui s’entend de bien loin et est fortrécréative. »
On a vu par l’ordonnance de Louis XIV , à l’article des corporations, quece prince avait la conscience des grandes choses qui pouvaient s’accomplirpar les perfectionnements de [l’horlogerie, et qu’il tenait cette science engrande considération. 11 avait un goût particulier pour les montres à sixroues et à secondes. Le savant De Camus était l’inventeur de ces sortesde montres, et il les décrit succinctement dans son Traité des forces mou-vantes. Dans ce même traité, page 461, il donne la manière d’exécuter unemontre à répétition qui sonne d’elle-même les heures et les quarts, sur troistimbres différents, avec un seul marteau, et à l’aide d’un seul rouage desonnerie.
Louis XIV , Colbert et plusieurs grands personnages de la cour, avaientde ces montres qui étaient surtout fort commodes pour la nuit ou pourvoyager en voiture. C’est à une de ces petites horloges, que Corneille faitallusion dans sa comédie du Menteur :
Ce discours ennuyeux enfin se termina;
Le bonhomme partait quand ma montre sonna.
De Camus fut aussi le premier qui construisit des pendules qui marchaientun an sans être remontées.