DU PRINCE SOLTYKOFF.
133
fixèrent dans cette partie du monde ; tandis que, au contraire , les Égyp-tiens, les Grecs et les Romains du Bas-Empire étaient tombés dans l’igno-rance et dans la barbarie. Toutefois, les Européens ne furent pas subitementinitiés aux sciences; ils ne les acquirent que dans l’espace de plusieurs siè-cles. Ce ne fut, en effet, qu’à la fin du règne de Louis XII , ou au com-mencement de celui de son successeur, François I er , que l’Europe se plaçadéfinitivement à la tête de la civilisation. Cependant, les divers peuples decelte contrée ne furent pas savants dans une égale proportion.
L’Italie et l’Allemagne avaient acquis une prépondérance incontestablesur la France et l’Angleterre, et celles-ci se montraient supérieures à l’Es pagne , au Portugal , à la Russie , etc.
En ce qui concerne l’horlogerie, elle fit d’abord des progrès remar-quables en Allemagne , puis en Italie et en France ; puis enfin, comme nousl’avons dit précédemment, l’Angleterre conquit et conserva le sceptre del’art pendant tout le cours du xviU siècle : rien même ne pouvait faire pres-sentir qu’elle le perdrait au xviii' siècle ; c’est cependant ce qui arriva.
Il ne faut que connaître l’histoire pour savoir que lorsque le chef d’unÉtat civilisé manifeste un goût fortement prononcé soit pour une science,soit pour un art, il se trouve toujours des ministres et des courtisansprompts à se faire les protecteurs passionnés de l’art ou de la science quiest l’objet des prédilections du souverain. On voit alors surgir de tous côtésdes savants ou des artistes qui, certains d’être remarqués et protégés, selivrent avec autant de confiance que d’ardeur aux travaux de la science oude l’art qui est en faveur; et celle-là, ou celui-ci, prend soudain un essorqui ne s’arrête qu’après avoir atteint son apogée.
Philippe d’Orléans , qui eut la régence du royaume après la mort deLouis XIV , avait du goût pour les arts mécaniques et particulièrement pourl’horlogerie ; et, comme il savait que les horlogers de l’Angleterre étaientsupérieurs aux français , il résolut de changer cet état de choses. D’abord,il favorisa de tout son pouvoir ceux de nos ouvriers qui se distinguaient pardes travaux remarquables; puis, voulant créer une pépinière d’artistesd’élite, capables de soutenir la lutte avec les horlogers d’outre-Manche, ilfit venir de Londres plusieurs horlogers d’un vrai mérite,' qui s établirent àParis sous sa protection immédiate.
Le plus illustre parmi ces savants étrangers fut Sully, qui, par de bellesinventions dans son art, et par la publication d’un bon livre sur l’horlogerie,se fit en France et surtout à Paris une excellente réputation. Sully (voy.