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COLLECTION ARCHÉOLOGIQUE
Voilà donc Gerbert parmi les moines, et à même, comme eux, de se livrerà ses études de prédilection. Il travailla avec ardeur, et ses progrès furent sirapides, qu’en peu d’années il devint le plus savant élève des révérendspères de Saiut-Gérald. Mais l’érudition que le jeune pâtre avait acquise dansle silence du cloître, n’était pour lui qu’un préliminaire, et son ardenteimagination lui faisant entrevoir des horizons scientifiques beaucoup plusétendus, il brûlait du désir de pousser ses études aux dernières limites dupossible.
Sur ces entrefaites, Borel , comte de Barcelone, vint en pèlerinage aucouvent de Saint-Gérald. Les moines s’empressèrent de lui montrer le jeuneprodige : il en fut émerveillé, conçut pour lui une vive amitié, et demandaà l’emmener dans la Péninsule espagnole qui était alors sous la dominationdes Maures. Gerbert, avec l’assentiment de ses supérieurs, accepta la propo-sition du comte ; mais avant de partir il ira revoir encore une fois ses mon-tagnes, et prier, dans le. cimetière de Belliac, sur le tombeau de ses ancêtres.Il ne reverra plus l’Auvergne ni ses vénérables pères nourriciers d’Aurillac ;mais ceux-ci de près comme de loin ne l’oublieront pas: leurs vœux et leursconseils le suivront dans les luttes qui vont commencer pour lui et qui necesseront qu’à sa mort.
Gerbert et son illustre protecteur partirent pour l’Espagne , vers le milieude l’année 955. Les deux voyageurs traversèrent les Pyrénées , et aprèsquelques jours de marche, ils arrivèrent dans la capitale de la Catalogne .
Ayant séjourné pendant plus d’un an dans cette riche Barcelone , quiétait alors gouvernée par le Murgrave Séniofricd, Gerbert se sépara ducomte Borel, pour aller visiter Cordoue et s’initier à la sagesse des Arabes.
Cordoue était alors l’Athènes de l’Islamisme. Abd-el-Rahinan III y faisait sonséjour habituel, et ce prince, dont les revenus étaient immenses, protégeaitles sciences et les arts, et les hommes qui les faisaient progresser recevaientles plus hauts témoignages de sa munificence souveraine.
On enseignait dans les écoles de Cordoue le Trivium et le Quadriviumd’Alcuin qui comprenaient presque toutes les sciences. Notre jeune et stu-dieux voyageur resta quatre ans dans la ville mauresque et s’y lia d’amitiéavec les plus savants professeurs de l’Andalousie : ce fut en assistant assi-dûment à leurs leçons qu’il sentit naître en lui ce goût passionné pour lamécanique qui fut une des gloires de sa vie.
Le comte Borel et Gerbert se rejoignirent à Grenade, et partirent ensemblepour 1 Italie . Les deux voyageurs arrivèrent à Rome le 29 septembre 961, et