DU PRINCE SOLTYKOFF.
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quelques jours après le pape Jean XII les reçut l’un et l’autre avec faveuret distinction;
Dans cette ville Gerbert vit pour la première fois l’empereur Othon le Grand , avec lequel il eut plusieurs conférences qui, établissant entre eus uneaffection mutuelle, eurent pour effet d’attacher pour toujours Gerbert à lamaison de l’illustre fondateur des républiques italiennes.
A l’époque dont nous parlons, le roi Lothaire régnait en France , mais sapuissance était affaiblie par les guerres intestines que se faisaient les princeset les gouverneurs des provinces qui, reconnaissant à peine sa suzeraineté ,se liguaient souvent avec ses ennemis du dehors, pour ébranler sa puissanceet asseoir la leur sur des bases plus solides.
Lothaire , que des liens de parenté unissaient à la maison impériale deSaxe , avait envoyé un ambassadeur à Othon . Ce diplomate ne tarda pas àreconnaître les hautes qualités de Gerbert, et il l’emmena avec lui en France aussitôt que sa mission fut remplie. Les deux nouveaux amis, après avoirpris congé de l’empereur et de la reine Adélaïde, sa femme, qui les com-blèrent de présents, partirent en effet pour la France , et ils arrivèrent àParis pour assister aux derniers moments du roi, et à l’intronisation de sonfils Louis Y, dernier rameau de l’arbre carlovingien.
Gerbert, installé dans la capitale du royaume de France, ne tarda pas ày prendre la place que ses vastes connaissances lui méritaient; mais dévorétoujours par le désir d’en acquérir de nouvelles, il alla successivement étu-dier dans les couvents de Fleury, de Tours , de Metz , d’Auxerre , de Verdun ,de Toul , de Liège , de Lobbes, de Gembloux , de Corcum, de Trêves , les-quels formaient comme un réseau de haut enseignement. Ce fut dans cesdivers monastères qu’il se .lia d’amitié avec Adalbéron , Notger , Ecbert,Eccard, Adson, Constantin et plusieurs autres savants abbés, évêques etarchevêques.
Rassasié de sciences, Gerbert voulut enfin prendre un peu de repos, et ilalla se fixer à Reims , près de son ami Adalbéron , qui occupait alors le siègearchiépiscopal de Saint-Rerai, devant lequel les rois de France venaients’agenouiller pour recevoir Fonction sainte. Mais ce fut en vain que Gerbertcompta sur quelques moments de loisir : on lui offrit et il accepta la chaireque le célèbre Hincmar avait déjà illustrée, et il la rendit plus illustreencore. Il plaça à côté des statues des pères de l’Eglise, celles de Démos-thène, de Virgile , d’Horace , de Térence , de Lucain , de Cicéron etd’Aristote , et il fit sentir dans ses leçons, auxquelles assistaient les plus