DU PRINCE SOLTYKOFF.
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de Reims , mais me contraindre à me reconnaître pour un intrus, jamais ! »(Voy. J. Sabbatier.)
Quelques évêques refusèrent d’embrasser la cause de Gerbert et dedésobéir au souverain Pontife. Alors il se passa une chose grave au point devue de la chrétienté; et Gerbert, six cents ans avant Luther et Calvin , fut surle point de méconnaître la puissance de Rome et de prêcher ouvertement larévolte contre l’infaillibilité papale. Il écrivit à l’archevêque de Sens deslettres brûlantes d énergie et dans lesquelles il soutint que les évêques dusynode de Saiut-Basle avaient raison contre le Saint-Siège et qu’ils ne de-vaient pas fléchir devant lui. « Si quelqu’un de vous, dit-il, annonce quelquechose au delà de ce que vous avez retenu, fût-il un ange des cieux, qu’ilsoit anathème! » Il dit encore : « Parce què le pape Marcelin a brûlé l’en-cens devant Jupiter, est-ce à dire que tousdes évêques doivent brûler l’en-cens? Je déclare hautement que si, averti plusieurs fois, il n’a pas écoutél’Eglise... eh bien, l’évêque romain, d’après le précepte de Dieu , doit êtretenu pour un païen et un publicaiu... Un prêtre, à moins qu’il n’ait avoué ouqu’il n’ait été convaincu/ne saurait être privé de son office...Donc ne per-mettons pas à nos adversaires de soumettre au pouvoir d'un seul le sacerdocequi partout est un comme l’Église catholique est une, etc. »
Après avoir ému d’une manière fâcheuse le monde chrétien, Gerbert sesoumit enfin ; il quitta Reims , et vint se réfugier à .la cour d’Othon III, qui,comme Robert I er avait été son élève. Bientôt après, le pape Jean XIV étantmort, Grégoire V , qui lui succéda, donna à Gerbert l’archevêché de Ravenne et lui rendit l’abbaye de Bobbio , dont les vassaux, revenus à de meilleurssentiments, se soumirent à sa puissance.
Grégoire Y ne resta pas longtemps sur le siège de Saint-Pierre, et à samort l’hérésie releva la tête, l’Europe fut profondément ébranlée, et il nefallait rien moins que toute l’énergie de l’empereur Othon pour lutter effica-cement contre la révolte et l’insubordination qui éclataient à la fois sur tousles points de l’Italie et de l’Allemagne . C’était un moment critique, et plusque jamais Rome avait besoin d’un pape assez fort pour soutenir dignementla tiare pontificale, et raffermir la couronne chancelante de l’empereur'Othon . Celui-ci, s’étant créé de puissants amis parmi les princes de l’Église,présenta et soutint la candidature de Gerbert, et, le 2 avril 999, le bergerd’Aurillac parvenait à la papauté devant laquelle au moyen âge les plusgrands rois s’inclinaient avec respect et crainte.
Gerbert fut le premier pape qui prêcha la croisade en faveur et pour la