COLLECTION ARCHÉOLOGIQUE DU PRINCE SOLTYKOFF. 481
sement delà perfection de cet art, on ne sera pas surpris que, dès l’âge dedix-neuf ans seulement, je me sois occupé à m’y distinguer et à tâcher demériter l’estime publique. Les échappements furent les premiers objets demes réflexions. Retrancher tous leurs défauts, les simplifier et les perfec-tionner fut l’aiguillon qui excita mon émulation. Mon entreprise était sansdoute téméraire 1 , tant de grands hommes, que l’application de toute ma viene me rendra peut-être jamais capable d’égaler, y ont travaillé sans êtreparvenus au point de perfection tant désiré, que je ne devais pas me flatterd’y réussir; mais la jeunesse est présomptueuse, et ne serai-je pas excusable,Messieurs, si votre jugement couronne mon ouvrage? Mais quelle douleur sile sieur Lepaute réussissait à m’enlever la gloire d’une découverte que vousauriez couronnée!... Je ne parle pas des injures que le sieur Lepaute écritet répand contre mon père et moi, elles annoncent ordinairement une causedésespérée, et je sais qu’elles couvrent toujours de confusion leur auteur. Ilme suffira pour le présent que votre jugement, Messieurs, m’assure la gloireque mon adversaire veut me ravir, et que j’espère de votre équité et de voslumières.
« Caron fils. »
Lettre adressée au Mercure le IG juin 1755.
« Monsieur, je suis un jeune artiste qui n’ai l’honneur d’être connu dupublic que par l’invention d’un nouvel échappement à repos pour les mon-tres, que l’Académie a honoré de son approbation et dont les journaux ontfait mention l’année passée. Ce succès me fixe à l’état d’horloger, et jeborne toute mon ambition à acquérir la science de mon art. Je n’ai jamaisporté un œil d’envie sur les productions de mes confrères : celte lettre leprouve 1 ; mais j’ai le malheur de souffrir fort impatiemment qu’on veuillem’enlever le peu de terrain que l’étude et le travail m’ont fait défricher.C’est cette chaleur de sang, dont je crains bien que l’âge ne me corrige pas,qui m’a fait défendre avec tant d’ardeur les justes prétentions que j’avaissur l’invention de mon échappement, lorsqu’elle me fut contestée il y a en-viron dix-huit mois.
« Je profite de cette occasion pour répondre à quelques objections qu’on
1. Beaumarchais , en commençant cette lettre, avait fait l’éloge de Romilly, excellenthorloger de Genève , établi à Paris .