DU PRINCE SOLTYKOFF.
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fort admirée, quoiqu’elle ne fût pas encore achevée. Le roi m’a demandéune répétition, dans le même genre, que je lui fais actuellement. Tous lesseigneurs suivent l’exemple du roi, et chacun voudrait être servi le premier.J’ai fait aussi pour Madame Victoire une petite pendule curieuse dans legoût de mes montres, dont le roi a voulu lui faire présent; elle a deuxcadrans, et de quelque côté qu’on se tourne, on voit l’heure qu’il est.»
A vingt-cinq ans, Beaumarchais s’était déjà introduit parmi les gens decour et il en avait pris toutes les allures ; estimé du roi, admis dans l’intimitédes filles de France , qu’il charmait par son esprit et sés talents, il voulutacheter une charge à la cour et se faire anoblir. Tout se préparait selon sesdésirs : il avait l’argent pour acheter sa charge, Louis XV lui tenait prêtesses lettres de noblesse, mais un obstacle imprévu se présenta : commentanoblir un homme dont le père exerçait l’état d’horloger? le fils d’un cour-taud de boutique, ce n’était pas possible ; les grands seigneurs s’y opposaient.Bref, à force d’instances auprès de son père, Beaumarchais obtint de celui-cila cessation de son commerce, et alors rien ne s’opposa plus à ses projets,il eut sa charge à la cour, et s’appela Monsieur de Beaumarchais . Nous rappe-lons ce fait parce qu’il est caractéristique, parce qu’il prouve la morgue in-vétérée d’une partie de la noblesse, même encore au suprême moment oùla monarchie s’écroulait sous les coups réitérés des philosophes et de la puis-sance du tiers-état.