COLLECTION ARCHÉOLOGIQUE DU PRINCE SOLTYKOFF. 485
10 pouces de diamètre, fut présentée à Louis XV , à Fontainebleau , parl’intermédiaire de M. de Sartines et de M. le duc de la Vrillière. Antide Janvier , qui avait vu Paris pour la première fois, et qui aussi pour la pre-mière fois voyait la cour, eut, à cette présentation mémorable, la redoutableimprudence de donner un démenti énergique au vieux duc-maréchal deRichelieu, premier gentilhomme de la chambre du roi. Le courtisan offenséobtint sans peine l’ordre d’enfermer à la Bastille l’artiste téméraire; maisM. de Sartines, lieutenant général de la police, prit sur lui de ne pointexécuter cet ordre, et fit quitter Paris au jeune imprudent, en lui don-nant, toutefois, un délai de quinze jours pour visiter les curiosités de lacapitale.
Janvier, dégoûté de la cour et des courtisans, alla se fixer à Verdun , où
11 trouva dans l’évèque de ce diocèse un protecteur éclairé.
Après quelques années de séjour à Verdun, Janvier revint à Paris pours’y procurer des objets d’horlogerie et pour y faire dorer deux petitessphères mouvantes réduites à 4 pouces de diamètre. Le hasard porta cettemachine à la connaissance de M. Lalande, professeur d’astronomie au Col lège de France . Le savant astronome voulut voir l’artiste. Il lui témoignason étonnement sur la composition de ces deux petits ouvrages, et l’adressa,avec une lettre pleine d’éloges, àM. de laFerté, intendant général des Menus-Plaisirs, qui le fit présenter au roi par M. de Fleury, premier gentilhommede la chambre. Louis XVI , qui aimait passionnément l’horlogerie, ordonnal’acquisition des deux sphères, et elles furent placées immédiatement sur lesecrétaire de sa petite bibliothèque, à Versailles .
Le caractère décidé et l’agreste franchise de l’artiste avaient plu au roi.Dix jours s’étaient à peine écoulés depuis la présentation et l’acquisitiondes machines, que Janvier fut attaché au service du monarque et reçutl’ordre de se rendre à Paris . Il se défendit longtemps, mais il céda enfinaux instances de Lalande, et le 5 octobre 1784 il fut logé aux Menus-Plaisirs.
Quatre années s’écoulèrent pendant lesquelles il composa plusieurs pen-dules curieuses, notamment une horloge planétaire, la plus complète quieût encore paru et que l’Académie des sciences honora de ses suffrages.Ce travail fit sensation à Paris dans le monde savant; il fut présenté au roile 29 avril 1789, et, après un entretien de trois quarts d’heure avec l’artiste,Louis XVI ordonna l’acquisition de cette horloge, qu’il fit placer immédia-tement au milieu de sa petite bibliothèque, à côté des deux petites sphèresmouvantes du même auteur.
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