486 COLLECTION ARCHÉOLOGIQUE
Déjà, le 14 février de cette même année 1789, le célèbre Lalande avaitfait à l’Académie des sciences un rapport relatif à une erreur commise parles astronomes, et relevée par Janvier, qui lui avait démontré l’inexactitudedes calculs sur les révolutions lunaires et en avait précisé la différence. Cefait seul aurait suffi pour le placer à la hauteur des savants les plus dis-tingués du xviii' siècle ; mais la machine dont nous venons de parler valutà son auteur, alors âgé de trente-huit ans, une réputation que l’on qualifiajustement d’européenne.
Janvier n’était pas seulement un artiste spécial distingué; c’était unartiste et un connaisseur en toutes choses. On le voyait souvent chez lesmarchands de curiosités; il fréquentait les ventes publiques, et parfois il yfit de bonnes acquisitions. Je 1 ai beaucoup connu dans les dernières annéesde sa vie; j’étais jeune alors et je me plaisais à lui demander des conseilsdont je profitais le plus possible ; d ailleurs, sa conversation était agréable,instructive, notamment touchant les beaux-arts et l’archéologie qui était sapassion dominante après celle de l’horlogerie. C’est lui, je dois le dire,qui m’a donné les premières notions sur la curiosité. Je n’oublierai jamaisavec quel enthousiasme il me parlait des émailleurs de Limoges , de Ber nard Palissy , de Pierre Lescot , de Jean Goujon et de tous les autres grandsartistes de la renaissance. Il connaissait presque tous les noms des archi-tectes, des sculpteurs, des imagiers, des peintres-verriers, des orfèvres,des bijoutiers, des graveurs, des calligraphes, des enlumineurs, etc., dumoyen âge et du siècle des Valois. Il passait des jours entiers au Louvre,devant les tableaux des maîtres qui se sont succédé en Europe depuisCimabué jusqu’à Lebrun. « J’aurais, disait-il souvent, donné dix ans de mavie pour pouvoir aller admirer à Rome , ne fussent que pendant unesemaine, les immenses travaux de Michel-Ange , l’architecture colossale deSaint-Pierre et les ruines gigantesques de la ville des Césars... Vois-tu, monami, tous les arts se tiennent et se servent mutuellement. Ainsi, parexemple, l’homme qui n’est qu’horloger, fût-il le plus grand mécaniciendu monde, n’est jamais qu’un artiste médiocre. On ne fait pas que de lamécanique dans une pendule ou dans une horloge, il faut faire aussi l’en-veloppe de la machine, et celle-ci doit être d’abord belle dans sa forme,et belle et charmante dans tous les détails de son ornementation; les propor-tions du mouvement, petit ou grand, doivent être exactes et d’une mêmeépoque, et l’on ne peut réussir en cela que si l’on connaît suffisam-ment l’architecture, la statuaire et l’art si compliqué et si difficile de l’or-