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Collection archéologique du Prince Pierre Soltykoff : horlogerie: description et iconographie des instruments horaires du XVIe siècle ; précedée d'un abrégé historique de l'horlogerie au Moyen Âge et pendant la Renaissance suivie de la bibliographie complète de l'art de mesurer le temps depuis l'antiquité jusqu'a nos jours / par Pierre Dubois
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COLLECTION ARCHÉOLOGIQUE DU PRINCE SOLTYKOFF. 19-1

paroles et par dadroits compliments, ce que sa dénégation formelle avaitpar elle-même de désobligeant.

« Monseigneur, lui disait-il, vos connaissances supérieures dans lessciences exactes vous mettent bien au-dessus de nous tous, pauvres hor-logers de Paris ; mais si vous possédez au suprême degré la théorie propre-ment dite, vous ne connaissez pas encore, permettez-moi de vous le dire,toutes les difficultés de la pratique; vous les connaîtrez quand vous le vou-drez, car rien ne vous est impossible : jusque-, en ce qui concerne leschoses du métier, peut-être aurons-nous quelque légère supériorité survous. » Le jeune prince, un peu confus, sentait bien que lartiste avait ditvrai; mais comme il était doué dun excellent caractère et dune raison au-dessus de son âge, il reprenait bientôt sa sérénité habituelle, et profitantde la présence du praticien, il se faisait donner une leçon dhorlogerie dontil savait très-bien profiter.

« M. Caron, lui disait-il, vous êtes un homme fort habile, car cest vousqui avez fait, pour ma bonne amie, M mo de Pompadour, cette jolie baguedans laquelle est enchâssé un mouvement de montre. Mon Dieu , quellepatience il vous a fallu pour confectionner tous ces petits rouages qui fonc-tionnent avec tant de régularité dans leur enveloppe dor parsemée de dia-mants! On dit quil y a dans ce mécanisme deux nouveaux organes devotre invention. Ce sont, je crois, un échappement fort ingénieux, et uneroue supplémentaire avec laquelle on remonte la montre sans avoir besoinde se servir dune clé. M n,c de Pompadour est fière de ce bijou, et à sa placejen serais fier comme elle. Mais, dites donc, mon cher maître, est-ce quevous ne pourriez pas me faire une pareille montre? Je vous la paieraisbien, car je ne suis pas dépensier et je fais des économies. Voyons, le vou-lez-vous? Nous nen dirons rien à personne, et on sera bien étonné quandon me la verra : je la montrerai à ma tante, la princesse Victoire, pourlaquelle vous avez fait une petite pendule chai mante.

« Je sais, M. Caron, que cette bonne princesse vous estime fort, car ellea souvent dit en ma présence que vous étiez un grand artiste et un hommede beaucoup desprit. » Caron n avait garde de se rendre aux désirs dujeune prince : le futur auteur du Barbier de Séville et du Mariage de Figaro songeait alors à abandonner lhorlogerie pour se livrer exclusivement à lalittérature dramatique, pour laquelle il se sentait une vocation irrésistible.

Dès lâge de quinze ans, le dauphin sétait fait monter dans ses apparte-ments, à Versailles , un charmant atelier dans lequel il travaillait alterna-