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Traité de la noblesse et de toutes ses différentes espèces / par De La Roque
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Ainsi le trafic est assurément l’unique moyen de garentir les Gentilshommes d’u-ne pauvreté inévitable, en laquelle plusieurs tombent faute de patrimoine suffisant ,pour entretenir honorablement leur Famille. Les Maisons Nobjgs où il y a peude biens peuvent par-'ù les augmenter : Celles qui font aftoiblics par les accidensqui travaillent cette vie , reprendroicnt leur premier lustre , par des richeíles bienacquises , fans qu’on leur pût reprocher avec raison d’avoir dégénéré , ni dérogé à laNoblesse de leur race : au contraire, la perte de leurs biens, les arrête au milieu deleur course, ne pouvant poursuivre leurs belles entreprises, ni faire paroître la beautédu sang qui les anime. Ils peuvent encore par le commerce se rendre redoutablesdans les pays les plus éloignés, y établir les mœurs Chrétiennes , leurs humeurs civi-les , la réputation de leurs Etats, & en remporter des richeíles très-considérables.

Ceux qui font curieux d’aprendre les Langues, les mœurs, & les Coutumesétrangères, peuvent mcme le faire , par le moyen de la Navigation, fans dépense dcfans incommodité.

CHAPITRE L X X X I X.

Si payer la Taille, efi toujours une marque ajfurée de Roture : & fi en être exempt , •c’efi une marque infaillible de Noblesse, .

L 'Empereur Auguste ayant divisé la Gaule en quatre parties, il y imposa le tri-but que Cicéron cn sa troisième Oraison in Ferrer », apelle viitoria pramium& pœnam belli. II vouloir néanmoins que celui qui se léveroit sur la Province Nar-bonnoise fût réel, Sc que celui qui étoit imposé sur les autres, comme íur T Aqui-taine, fût pefsonnel. Ce qui est raporté par Dion, Chap. 54. 6c autres Historiensnotables. Les autres parties de la Gaule , ayant résisté neuf ans contre les armes deJules César ,'il voulut que le cens qui fe léverûit fur ces Provinces, fût personnel enligne dé sujétion plus grande, mcme ignominieuse, la capitarion étant beaucoupplus fâcheuse & plus servile. Ce que Velleius Paterculus Lib. 2. désigne claire*ment, & avant lui T Auteur de TEpitome de Tite-Live. Ainsi les-cadastres &compois fe lèvent en Languedoc, en Provence, en Dauphiné, & autres heux c’est-à-dire que la Taille y est réelle : Elle est personnelle aux autres Provinces : II y en amême qui la font mixte , l’attribuant tant à la terre-qu’à la personne.

Ce n’est? pas toujours une marque de Roture de payer la Taille ; car le tributn’empêche pas qu’on ne vive Noblement, & qu’on ne fasse profession des Armes^en payant des subsides , c m tributum , tributum ; cui vebligal , veSli^al. Aussi laTaille n’étoit autrefois qu’un aide; une calamité, publique, assujétissant tout lemonde aux Charges de l’Etat ,& les riches plus que les pauvres. G*est pour cetteraison que le Clergé & les Nobles n’ont pas voulu autrefois s’en séparer, & c’est àce sujet'qu’une ancienne Chronique porte que les trois Etats de Normandie résolu-rent d’y contribuer en commun; suivant le résultat que Ton en fit Tan i; ; 6.sous le régne de Philippes de Valois. Froissart témoigne que le Roi Jean mit unsubside sur tous ses Sujets, même en bas âge. Et par Lettres patentes du Roi Char-les IX. du 27. Avril 1568. adressées à Messire Jacques Seigneur-de Matignon,Lieutenant pour Sa Majesté en Normandie , il fut ordonné- en cette Province lalevée d’un emprunt , tant fur les Ecclésiastiques, Nobles, exempts, que . nonexempts, pour entretenir la guerre contre les Rebelles.

Les Anoblis dès Francs-fiefs de Tan 1470- & autres qui furent depuis anoblis ,ont la plupart payé la Taille durant trois générations, & jusques à la quatrième , en .laquelle fe forme la Noblesse de race. Il y en a plusieurs exemples ; & entr’autres- >