TISSAGE.
TISSAGE.
Jacquart, en exposant le testament de Louis XVI encadré de magnifiques ornements. Tout le monde ad-mira alors la parfaite exécution de ce véritable chef-d’œuvre. Depuis» chacune de nos expositions brilla parde remarquables tissus de ce genre. A celle de 1844, ona vu la belle tête de Jacquart reproduite avec la puretédu burin par les moyens si simples de son invention.Cette découverte a réellement quelque ana-logie, par sa simplicité et par sa nature, aveccelle de l’imprimerie. On commettrait cepen-dant une grave erreur en attribuant à notreépoque la connaissance de tous les artificesqu’exige le tissage des étoffes façonnées, carils sont connus depuis plusieurs siècles, ainsique nous l’avons déjà constaté : l’industriecontemporaine a simplifié les moyens, grâceà la diffusion des connaissances mécaniques :nous aurons souvent occasion d’appuyer lavérité de ces assertions dans les descriptionsqui vont suivre.
Composition des dessine. Les sujets de des-sins façonnés sont quelquefois copiés sur destableaux ou ornements déjà existant sous uneforme quelconque; mais le plus souvent .ilssont l’œuvre des dessinateurs spéciaux pourles tissus. Les connaissances qu’exige cettespécialité sont dono plutôt du ressort desbeaux-arts que de celui de l’industrie proprement dite ; il ne suffît cependant pas d’êtreun habile dessinateur pour réussir complète-ment dans ce travail : il faut encore que l’ar-tiste soit bien pénétré des moyens qui serontemployés pour réaliser sou œuvre, afin dechercher à rendre cette exécution plus facile,plus économique, et à faire en sorte que l’harmonie des couleurs soit toujours observée.
Pour remplir ces conditions et surtout la dernière, le dessinateur doit savoir que le ma-riage des nuances a lieu au tissage par laliaison de fils qui réfléchissent et absorbent diversement?a lumière suivant qu’ils sont plus ou moins tordus ouqu’ils sont employés dans telle ou telle direction.
Mise en carte. L’opération de la mise eu carte vientimmédiatement après la composition; elle a pour butde retracer sur le papier le dessin à tisser, en indiquant^a position de chaque fil de la chaîne et de la trame etl’effet qu’ils devront produire dans l’étoffe. Ceux aux-quels on peut arriver par les armures se concevant fa-cilement à priori et les moyens à employer étant simpleset limités, ce genre de tissage n’exige par conséquentpas la mise en carte.
Ce que nous allons dire concerne donc essentielle-ment les tissus façonnés, quoiqu’on puisse l’appliquerà tous les genres sans distinction.
Pour indiquer toutes les positions relatives des fils dela chaîne et de la trame dans le sujet qu’on veut tisser,on le dessine sur un papier quadrillé, de telle sorte queles lignes verticales figurent les fils de la chaîne et leshorizontales ceux de la trame. En colorant ensuite ledessin avec les teintes qu’on lui destine, on jugera faci-lement à l’avance de l’effet qu’offrira l’étoffe fabriquée.C’est ce tracé reproduit sur le papier quadrillé qu’on adésigné sous le nom de mise en carte. Le dessin oul’esquisse étant arrêtée, on divise sa surface en petitscarrés qui doivent servir de points de repère pour latransporter sur la mise en carte (1 ). Le nombre des pe-
(4) L’invention de la mise en carte remonte à 4770; elleest attribuée à Revel, peintre d’histoire assez médiocre, quieut le premier l’idée de reproduire des fleurs sur les étoffes,et qui, après quelques essais, arriva aux moyens pratiquésaujourd’hui pour la mise en carte. L’idée de colorier la miseen carte se présenta bientôt; on en fit usage dès 4774, et onla doit à Philippe de la Salbe.
tits carrés sur l’esquisse doit, par conséquent, être enrapport avec celui des grands du papier quadrillé nécessaire à la mise en carte du dessin. Les fig. 2484, 2485et 2486 donnent un exemple d’un dessin mis en carteexécuté sur du papier quadrillé nommé du 10 en 10.On voit en effet que chaque, carré principal est subdi-visé en 10 parties sur chacun de ses côtés ; ce sont les
carrés principaux qu’on avait d’abord tracés sur l’es-quisse de grandeur naturelle. Chacun des petits carrésoccupe la place d’un fil; les interlignes de ceux hori-zontaux représentent les fils de la trame, et les verticauxceux de la chaîne. La réduction du tissu, c’est-à-dire lerapport entre les nombres des fils de la chaîne et de latrame pour l’unité de mesure, étant déterminée, oncomptera donc chaque petite division comme l’un de cesfils et on indiquera sur le papier quadrillé la place dechacun d’eux dans le dessin à exécuter, comme on le voitdans les figures. Tl suffît de lui donner une teinte enlumi-née ou plus foncée pour se rendre compte de la quantité defils qu’il embrasse. Comme chaque petit carré ne repré-sente qu’un seul fil, et qu’ils occupent toujours un espacebien plus considérable que celui qui leur est réellementnécessaire dans le tissn ou dans le dessin exécuté de grau-deur naturelle, il en résulte que la mise en carte exigetoujours une surface plus considérable que celle dudessin exécuté. Celle-ci sera à celle de la premièrecomme l’intervalle des carrés est à la distance entre lesfils. Si donc la grandeur d’un carré est double de la dis-tance entre les fils du tissu, la mise en carte occuperaune place double de celle de la figure à tisser : ce rap-port est généralement pins grand.
Il n’y a rien d’absolu dans la division des papiersquadrillés. On peut les faire établir suivant le besoinet la variation des réductions. Cependant on se sert leplus communément de celui dont chaque division princi-pale forme un carré parfait divisé en 10 antres plus petits.C’est ce qu’on nomme du papier de 10 en 10, et la sur-face du carré contient par conséquent 100 divisions. Lespapiers quadrillés existent dans le commerce en différentesgrandeurs, et portent les numéros 1, 2, 3, suivant lesréductions. Ceux ayant les plus grands interlignes ser-
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