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XYLOÏDINE.

XYLOÏDINE.

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XYLOIDINE. 11 s agît de la découverte dune sub-stance tellement facile à préparer que tout le mondeest en état de se la procurer en grande quantité dansles vingt-quatre heures , qui détonne spontanémentet sans laisser aucun résidu solide lorsqu'on vientà élever sa température vers 180 degrés, ou lors-quon la soumet à un choo violent, qui enfin, sousmême poids, présente des effets balistiques de deux htrois fois plus considérables que ceux de la poudre àcanon.

On ne saurait donc faire autrement que de se préoc-cuper vivement de l'existence dune force nouvelledont le maniement peut être terrible. Les bons espritsseront dailleurs convaincus que la découverte dunagent énergique ne saurait être stérile pour le progrèsde l'humanité.

Les inventions amènent les inventions. Telle dif-ficulté parait insurmontable qui tout à coup devientun jeu d'enfant parce que la nature a cessé de cacherà lhomme lun do ses secrets, Ainsi les machines mo-trices dont lagent propulseur eût été la pondre deguerre paraissaient jusquà ce jour irréalisables à causedu résidu solide qui, laissé par la substance déton*Dante après son inflammation, devait s'opposer à lamarche régulière des pistons dans les corps de pompe ;aujourdhui telle ne sera plus lobjection quon pourrafaire à ces sortes de machines. Ainsi encore la locomo-tion aérienne rencontre des obstacles qui proviennenten partie de limpossibilité demporter le foyer et lescombustibles ordinaires, par suite des dangers dincen-die ; aujourdhui on a une force motrice qui ne demandeplus ni foyer incandescent, ni chaudière pesante. Leproblème obscur de la production électricité par lefrottement est peut-être aussi bien près dêtre résolupar suite de la création artificielle de la substance laplus électrique que le physicien ait eucore pu se pro-curer.

La chimie découvre chaque jour des corp3 nouveauxdont lintérêt ne paraît pas bien grand pour les espritshabitués à ne prendre en considération que les résul-tats immédiatement perceptibles, et qui peu à peuviendront, comme la xyloïdine, se placer au premierrang pour limportance, parce quun homme dimagi-nation, un cerveau brûlé de la scieucc, nhésitera pas àen faire une application dune apparence anormale.Une des applications les plus imprévues des nou-veaux produits a été la substitution du collodium autaffetas dAngleterre et au diachylum dans la chi-rurgie.

§ I. Historique. Lorsque dans lo courant du moisdaoût 4 846, les journaux annoncèrent que M. Scliœn-bein, professeur de chimie à Bâle , avait trouvé le moyende transformer le coton en une substance fulminante,tous les chimistes songèrent aussitôt quil devait y avoirune connexion intime entre le produit obtenu par lin-venteur allemand et une substance appelée xyloïdine ,provenant de la réaction de lacide nitrique sur lami-don, le ligneux, la cellulose , substance découverte en4833 par M. Braconnot , et étudiée sommairement eu4838 par M. Pelouze . M.' Arago ayant interpellé leschimistes de l'Académie des sciences de Paris, dans laséance du 24 septembre, sur ce quil fallait penser desrécits faits par les journaux relativement à la nouvelledécouverte, M. Pelouze et M. Dumas nhésitèrent pasà répondre quil leur semblait très probable que le co-ton explosible de M. Schœnbcin avait la plus grande

analogie avec la xyloïdine. Cependant, ajouta M. Pe-louze , je crois quil y a exagération dans les effets an-noncés, ou du moins il me paraît que la xyloïdine coutient encore trop de charbon et pas assez doxygène pourbrûler y sans laisser de résidu, en Vabsence de Vinterven-tion de loxygène de lair.

Dans tous les cas, il était tellement vrai que la nou-velle poudre ne pouvait provenir que de loxydation dela cellulose par le moyeQ de lacide nitrique, qualraque M. Schœnbein fait encore un secret de son modede fabrication, tous les chimistes, eu se servant unique-ment des indications du Mémoire de M. Pelouze, sontparvenus à préparer un produit donnant tous les effetsannoncés par lingénieux professeur de Bâle . Il arrivaitmême quun mécanicien français, M. Morel, prenait unbrevet dinvention pour cette préparation, brevet dunevaleur bien douteuse, car M. Morel emploie simplementlaction de lacide nitrique monohydralé sur le coton,ce que faisait M. Pelouze en 4838, et quant h lidéedappliquer le produit de cette réaction comme corpsexplosible dans les armes à feu ordinaires et dans lesmines, la gloire, sinon le profit, doit en revenir entiè-rement à M. Schœnbein.

Quand on examine attentivement tous les textes quiconcernent lhistoire de cette invention et quon ne selaisse dominer par aucune préoccupation propre à fairedévier lesprit des règles dune impartialité absolue, onest forcément conduit à reconnaître la vérité des faitssuivants :

4° Le produit découvert par M. Braconnot en 4833n'est pas le coton explosible de M. Schœnbein.

Eu efFet, quand ou a recours à la note publiée parM. Braconnot, dans les Annales de chimie et de physique(2* série, tome LII, page 290), sous le titre : De latransformation de plusieurs substances végétales en unprincipe nouveau, on trouve que M. Braconnot traitaitpar lacide nitrique concentré, à froid lamidon, à chaudla sciure de bois, le coton, le linge, la gomme adra-gante, la gomme arabique, linuline et la saponine, demanière à faire une dissolution mucilagineuse. En éten-dant ensuite par de leau, il obtenait un précipité abon-! daut dune poudre blanche quil appelait xy lofdine, «parce! quelle participe un peu du ligneux. » Quant h laction! exercée par la chaleur sur cette substance, M. Bracon-! not sexprimait ainsi : « Elle senflamme avec beaucoupI de facilité; il suffit même de la chauffer 6ur une carte,

* pour quelle se charbonne rapidement aussitôt quellecommence à se liquéfier, sans que la partie de la cartesoit sensiblement endommagée ; distillée dans une pe-tite cornjtie de verre, elle, laisse environ le sixième deson poids dun charbon difficile à incinérer, comme celuide la fécule elle-même, et fournit, en outre, un produitliquide brunâtre, contenant beaucoup dacide acétique. »Or, ce ne sont pas les phénomènes annoncés parM. Schœnbein.

2° Parmi les produits étudiés par M. Pelouse en 4838(Comptes rendus de l'Académie des sciences , tome VU,page 743), il nen est quun qui soit susceptible de pro-duira les effets du coton explosible de M.' Schœnbein, maisM. Pelouze avait méconnu sa nature.

M. Pelouze décrit, en effet, outre la xyloïdine, unacide qui est soluble dans leau, puis du papier impré-gné, dit il, de xyloïdiue. Il sexprime ainsi : « Laxyloïdine, premier produit de laction de lacide nitriquesur lamidon, résulte de la réunion de ces deux corps.Cest de lamidon ordinaire dans lequel un atome deau