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ÉCONOMIE INDUSTRIELLE.

ECONOMIE INDUSTRIELLE.

machine la plus parfaite, la plus délicate. Nous javons vu en effet bien souvent dans cet ouvrage :que les machines opératrices peuvent difficilement jlutter avec les parties les plus simples d’un sem- Iblable travail, imiter quelques-unes de ces varia-lionsinfinies de chemin parcouru, de pression, etc.,qu'un habile ouvrier sait varier à l’infini, suivantle jugement qu’il porte de l’état de son œuvre, dela résistance qu’il veut surmonter.

L’importance de l’esprit, la grande part qu’ondoit lui reconnaître dans les transformations de lamatière par le travail, a été admirablement peinteparChanning. Nous renverrons à ses œuvres (Œu-vres morales de Channing. — Traité de l’Élévationdes classes laborieuses), les personnes qui n’au-raient pas le sentiment profond de la dignité del’œuvre de l’ouvrier qui, soutenu par le sentimentdu devoir, par l’amour du bien et du beau, appli-que toutes les facultés de son esprit à produire desœuvres qui ne laissent rien à désirer sous le rap-port de la perfection. Mais, sans entrer dans laquestion de dignité du travailleur qui remplit ainsison devoir, ce qui égale moralement sa positionà toute autre, nous croirions faire injure au lec-teur en insistant pour lui faire sentir qu’une in-telligence forte et saine est la condition d’un tra-vail productif des bras, qui ne fonctionnent passeuls, mais qui, alertes en raison de l’activité del’esprit, produisent d’autant plus et d’autantmieux que l’esprit sommeille moins. C’est par cemotif que dans les travaux de l’industrie, commedans les sciences et les arts, certaines personnesne possèdent jamais l’énergie et l’intelligence né-cessaires pour réussir. C’est pour cela encore quel’esclave peut bien être astreint à des fatiguesphysiques, mais ne peut jamais être employé à desfabrications difficiles comme le travailleur libre,car si le maître peut contraindre son corps au tra-vail, il est sans action sur son intelligence. Là,peut-être, est la cause la plus intime de l’im-mense infériorité du travail esclave, comparéau travail libre, que démontrent tous les faits; làune des causes économiques qui devraient le faireproscrire, s’il n’était déjà condamné par le droitet la morale.

3° Travail intellectuel. Nous avons vu que lesrichesses, les choses utiles à la satisfaction de nosbesoins étaient, les unes fournies abondamment àtous les hommes, comme l’air respirable, la cha-leur, la lumière du soleil, etc., que nous avonsappelés richesses naturelles ; les autres produitespar l’activité humaine, et dont tous les hommessont loin d’être abondamment pourvus même dansles sociétés les plus prospères, qui ne sont qu’enquantité minime dans les pays misérables, et quel’on appelle richesses sociales. Si l’on réfléchit àla manière dont se produisent ces richesses parle travail de l’homme, on voit de suite que celleproduction n’a lieu que parce (pie l’homme, envertu des lois générales de la nature, peut faire

naître certains effets ; parce que, comme nous l’a-vons dit dans l’introduction de ce livre, l’interven-tion rie l’effort de l’homme détourne à son avan-tage l’application de lois physiques. C’est en vertudes mêmes lois que l’on peut aller plus loin, et queles forces des animaux, celle produite par la cha-leur, etc., peuvent suppléer aux forces de l’hommeet, par suite, remplacer son travail, et mettre lecorps à transformer dans les conditions où, envertu des lois physiques, il acquiert les propriétésdésirées.

Mais de là un immense résultat, celui de la sub-stitution du travail des forces naturelles au travailhumain, ou plutôt adjonction de celles-ci, dontl’application a acquis, depuis un siècle surtout,une importance immense.

En résumé :

L’utilité est communiquée aux objets tantôt parla nature seule, tantôt par la nature aidée par letravail.

La nature met à notre disposition des matériauxet des forces infinies. Or, par le progrès inces-sant, ce ne sont plus seulement les matières brutesque nous fournit la nature, mais la matière élabo-rée et disposée pour nos besoins, par l'action desforces naturelles convenablement disposées.

Pour accomplir ce grand progrès que faut-il?

Connaître, découvrir les lois naturelles;

En combiner l’application.

Ces deux conditions se peuvent exprimer parun même mot : découverte, invention.

La découverte des lois naturelles est le but desefforts du savant, c’est le travail le plus important,le plus productif, mais indirectement, en fournis-sant les moyens d’action, la base des nouveauxprogrès.

Le second degré du travail intellectuel est celuide l’ingénieur, de l’inventeur industriel qui appli-que, dans un but spécial, les connaissances ac-quises, à la pratique industrielle, et engendrechaque jour de nouveaux progrès, de nouveauxaccroissements de richesses.

insistons un peu sur res importantes vérités.

Comme le dit très-bien M. Bastiat : « La ten-dance invincible de l’intelligence humaine, en celasecondée par l’intérêt et la série des découvertes,est de substituer le concours naturel et gratuitau concours humain et onéreux, de telle sortequ’une utilité donnée, quoique restant toujours lamême quant à son résultat, quant à la satisfac-tion qu’elle procure, répond cependant à un travailde plus en plus réduit... »

Qu’en résulte-t-il? C’est qu’en tout produit lapartie « gratuite tend à remplacer la partie oné-reuse, » c’est-à-dire celle qui, répondant à des ef-forts humains, aura droit à une rémunération,comme nous le verrons en traitant de la distribu-tion.

Pour bien faire sentir ce que nous expliquonsici, il nous suffirait de prendre au hasard une in-