ECONOMIE INDUSTRIELLE.
ÉCONOMIE INDUSTRIELLE.
plus faire naître des difficultés prévues. Ce quenous venons de dire, fait comprendre les succès,presque toujours éminents, de fils qui succèdent àleur père après avoir été élevés dans la fabriquepaternelle.
Des monopoles qui limitent la concurrence.
Nous avons vu sur quelles bases s’établissentles sources certaines de profits et devons insistersur ces considérations d’une extrême impor-tance. Ce qui précède montre clairement commentchacun, employant son activité et ses efforts àaugmenter ses profits, on a pu dire que la concur-rence détruit la concurrence, autrement dit quel’essor de la liberté individuelle tend à organiserle domaine privé de l’individu, sa prospérité, sonmonopole; et, d’une autre part, comment, dans cecas comme dans tout autre, l'exercice du droit vient\imiter en fait la liberté de tous.
C’est ainsi que se trouvent établis les deux pôlesdu travail industriel : 4° Exploitation libre pourtous, abordable pour tous, de toute industrie, cequi se définit par le mot de concurrence; c’est ledroit de chacun à la lutte, la limitation des profitsabusifs : si elle pouvait être entière, absolue, sanslimites, ce serait la destruction des profits, la dé-croissance continue de toute rémunération pourl’égaler à celle du travailleur le moins habiledans un état de société donné. 2° Exploitationprivilégiée entre les mains de celui qui a créé lemoyen de produire à moins de frais que toutautre ou qui a fourni à un autre cet avantage.C’est, pour la communauté, la diminution con-tinue de la valeur, en même temps que, pour leproducteur, la propriété de son œuvre, et,-parsuite, la récompense en raison de son mérite, s’ila toute certitude, toute sécurité de profiter desprogrès dus à son travail; enfin c’est pour lacause capitale de l’accroissement de richesses pourla société.
Parmi ces monopoles, le plus saillant et le plusgénéral est celui qui consiste dans la propriété desinstruments de travail, et il nous semble que cesconsidérations complètent ce que nous avons dit,dans le chapitre précédent, sur l’intérêt des ca-pitaux. Il correspond à la partie presque assu-rée de profits qu’ils procurent à celui qui en a ladisposition. Nous verrons plus loin, en traitant laquestion de circulation des capitaux, quel est l’en-semble des moyens qui ont été adoptés pour mettreles capitaux à la portée des producteurs, institu-tions qui constituent le plus puissant levier de laprospérité industrielle.
Nous avons peut-être eu tort de prendre le motde monopole pour définir l’exploitation d’une in-dustrie par des moyens qui ne sont pas praticablespour tous, parce que ce mot est souvent pris enmauvaise part, comme synonyme d’un privilègeinjuste. Il s’en faut de beaucoup qu’il en soit tou-jours ainsi, et nous rendrons sensible la justice du
monopole, tel que nous l’entendons, par un exem-ple qui montrera en même temps combien l’orga-nisation qui repose sur un monopole peut êtreplus juste, plus avantageuse, même économique-ment, que celle qui part indûment d’une concur-rence absolue.
De savants auteurs composent des ouvrages. Lasociété déclare sacrée la propriété de leurs tra-vaux , du fruit de leurs veilles, du résultat de leurimagination, et veille à ce que, sans leur permis-sion, personne ne puisse exploiter leurs livres.Rien, certes, de plus légitime que la reconnaissanced’un pareil droit, mais voyons ce qui en résultedans l’industrie.
Des libraires, sachant que le privilège de cesauteurs est respecté, viendront à l’envi traiter aveceux et leur en offrir un prix que la concurrencequ’ils se font entre eux amènera bien près du pro-duit possible de la vente du livre. A l’abri de ceprivilège, dans un grand pays tel que la France ,de nombreuses maisons de librairie feront hono-rablement leurs affaires ; leur nombre sera d’autantplus grand qu’une seule librairie, plus importanteque toutes les autres, sera dans l’impossibilitéabsolue d’écraser le débutant le moins robuste;car si celui-cï possède un seul ouvrage ayant dusuccès, il n’y aura, pour le public, d’autre moyende se le procurer que d’aller à lui et de subir sesconditions.
Qu’arriverait-il, au contraire, si la société nereconnaissait pas le droit incontestable de l’au-teur? Au lieu de faire des suppositions, prenonsl’exemple de ce qui se passe en Belgique , où lacontrefaçon, licite pour tous, vient priver la li-brairie française de ses débouchés à l’étranger, oùrien ne gêne la liberté absolue de la concurrence.Voici comment un témoin oculaire, M. Jobard, deBruxelles , rapporte les faits.
Dans les premiers temps de la fondation duroyaume des Pays-Bas, l’ardeur de la réimpression(nom honnête de la contrefaçon) était si vive quetout le monde voulait s’en mêler : des domestiques,des manœuvres, des maçons, des paysans mêmequi savaient à peine épeler, quittaient le rabot, latruelle ou les champs, pour venir manier en villele composteur ou la presse; c’était magnifique àvoir ; on réimprimait tout, jusqu’au grand ouvraged’Égypte , et tout pour rien.
Les papeteries, les fonderies, les ateliers debrochage doublaient, triplaient leur personnel. Unvolume de médecine, de droit ou de littérature,arrivait-il de Paris , un éditeur s’en emparait àl’instant; son calcul était bientôt fait; mille pourla Belgique , mille pour l’étranger; puis il mettaitsous presse. Son opération était plausible s’il eûtété seul ; mais vingt-cinq concurrents faisaient lemême jour, à la même heure, le même calcul, etI cinquante mille exemplaires étaient lancés, enj même temps, à la tête d’un public qui n’en pou-! vait consommer que deux mille; de là impossibi-