ECONOMIE INDUSTRIELLE.
ECONOMIE INDUSTRIELLE.
la dernière main, et où on leur donne ces formesvariées qui distinguent le verre de Bohême . Plusde vingt mille ouvriers, dans le cercle d’Hayda,sont occupés à tailler, graver, dorer ces diversobjets, qui s’exportent avec tant d’avantage, et quidonnent un si riche aspect aux magasins de Prague ,de Carlsbad, de Marienbad et de Vienne.
« Les perles de verre, les perles artificielles, lalustrerie, forment une des plus curieuses bran-ches de la fabrication du verre en Bohème. Cetteindustrie occupe sept mille ouvriers, répandusdans les montagnes et dans les vallées qui avoisi-nent Wisental. Le travail s’y fait en famille; lesenfants y concourent dès l’âge de cinq à six ans.Les verreries de Gablonz et de Liebenon leurfournissent la matière première au plus bas prix;et de plus c’est à peine si la main d’œuvre (cetravail alterne en général avec les travaux agri-coles) s’élève à une moyenne de 40 cent, par jourpour les hommes, et de'10 cent, pour les enfants.
« Dans ces conditions excessives de bon mar-ché, la fabrication des perles et de la lustrerie necraint aucune concurrence étrangère; aussi pé-nètre-l-elle sur tous les marchés sans rivalité pos-sible. Elle envoie ses produits en France , en An-gleterre, en Hollande, elle a ses débouchés enOrient, en Égypte , dans l’intérieur de l’Asie etmême en Chine . »
Suisse . Une industrie qui peut se rattacher soità l’industrie française , soit à l’industrie allemande,car elle appartient à une nation formée de ces deuxraces, la Suisse fournit un modèle d’organisation in-dustrielle extrêmement intéressant. Nous voulonsparler de l’alliance de l’industrie agricole et del’industrie manufacturière, de la petite propriétéagricole avec l’exercice d’un métier. Rien de plusadmirable que les cantons de Neufchàtel et deGenève , où l’art de l’horlogerie est devenu unesource de fortune pour les habitants. On n’y voitpas une cabane, pas un haillon ; de charmantesmaisons, des populations bien vêtues, l’aisancepartout, voilà ce qu’a produit, grâce à l’intelli-gence de ces populations, une industrie qui per-met d’utiliser tous les moments que laisse laculture, et cela d’une manière très-avantageuseaussitôt que l’habileté de l’ouvrier est réelle.
Le travail de la soie, la broderie, ont pro-duit le même effet dans les cantons de Zurich , deSaint-Gall , et certes s’il est un modèle qu’il yait à imiter, un progrès à réaliser, c’est celuide faire aussi bien ^ue dans ces pays. Là est unde ces progrès qui ne laissent aucun regret, etDieu merci, l’horlogerie dans le Jura , la pendule-rie aux environs de Dieppe , la broderie en Lor raine , la serrurerie en Picardie, le travail des boisd’éventail dans l’Oise , fournissent d’intéressantsexemples en France d’organisations semblablesqui produisent le bien-être dans les familles sansaucun des inconvénients reprochés souvent auxgrands ateliers.
III. RELATIONS INTIMES ENTRE l’ÉTAT POLITIQUBet l’état économique d’un pays.
N’y a-t-il pas une loi bien évidente qui résultedes faits qui précèdent et que nous eussions pumultiplier à l’infini; c’est qu’il existe un rapportintime entre la constitution politique et la consti-tution économique d’un pays.
Quelle sera la constitution économique d’unpays dans lequel le pouvoir appartient à unepuissante aristocratie?
La terre sera partagée en grandes propriétéscomme en Angleterre, en Russie , comme danstoute l’Europe pendant l’époque féodale, la grandepropriété foncière étant l’apanage et souvent lacondition du pouvoir politique. Les capitaux sui-vront le sort de la terre, et seront accumulés enun petit nombre de mains par des lois de succes-sion reconnaissant les substitutions, les droits d’aî-nesse. Par suite si l’industrie est prospère dans cepays, est l’objet de toute la sollicitude des classessupérieures, comment aidée par la concentrationdes capitaux, par une législation favorable, neprendrait-elle pas la forme que nous avons appe-lée la grande industrie? Tout ce que nous énon-çons ici n’est que l’expression de ce que nousvoyons en Angleterre et nous paraît indiquerclairement que la grande propriété foncière, laconcentration des capitaux, la grande industrie,sont les éléments nécessaires de la constitutionéconomique d’un pays gouverné par une aristo-cratie, ayant des mœurs, des lois en rapport aveccette forme de gouvernement.
Mais si nous considérons maintenant une nationdans les mœurs de laquelle l’égalité a profondé-ment pénétré, la France par exemple, commentse transformeront les éléments que nous venons depasser en revue?
La terre sera divisée, morcelée entre un nombreinfini de petits propriétaires par suite du partageégal entre les enfants; les substitutions, les droitsd’aînesse y seront inconnus. Par les mêmes motifs,les capitaux divisés constitueront grand nombrede petites fortunes, s’accumuleront rarement dansles mêmes mains, et, le plus souvent pour se di-viser à la génération suivante. Comment dans cepays sera constituée l’industrie? Se concentrera-t-elle dans d’immenses établissements d’une va-leur considérable? Évidemment non, ce seraitcontradictoire avec toute la constitution politiqueet économique de la nation.
Si une telle conséquence est vraie pour notrepays le problème doit-il être posé autrement quesous cette forme ; Comment assurer la prospéritéd’une industrie ainsi divisée? C’est ainsi qu’enagriculture on commence à chercher les moyensd ? assurer la prospérité de la petite propriété etque les opinions rétrogrades peuvent seules en-core rêver la reconstitution de la grande propriété.
Il ne faut pas oublier que c’est la division de la