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ÉCONOMIE INDUSTRIELLE.

Aider l’industrie de la localité, fournir par lebarrage d’un cours d’eau, l’achat d’une puissantemachine à vapeur, le moyen à bien des petits pro-ducteurs de travailler dans des conditions de suc-cès, c’est aider le succès de la démocratie labo-rieuse. Puisque le travailleur de la ville paye sapart des charges et impôts, serait-il extraordinaireque l’association que forme la municipalité com-binât les moyens de lui être utile, lorsque la pros-périté de la ville tient aux progrès d’une industriequi s’exerce par presque tous les habitants? Le prixde la force motrice pesant tout aussi bien que celuides transports sur le prix des objets fabriqués, pour-quoi le gouvernement, les municipalités bornent-elles leur action à améliorer les voies de transport?Celles-ci seraient fort bien construites par l’indus-trie privée, comme en Angleterre, si on voulait luiconcéder des droits de barrière. De même que dansce cas l’intérêt général a primé l’intérêt privé, ilpeut en être de même dans nombre de villes pour lacréation de la force motrice en vue du plus grandintérêt des administrés.

S’il nous fallait indiquer des villes pour les-quelles de semblables créations seraient d’unegrande utilité, rien ne serait plus facile. Paris , parexemple, grande ville manufacturière, où le com-bustible n’arrive qu’à un prix élevé, retirerait lesplus grands avantages d’une création semblable.Nous avons indiqué à l’article cours d’eau duDictionnaire, comment il était possible, facilemême d’utiliser la Seine , à la suite de cette lon-gue ligne de quais qui permet de relever par unbarrage le niveau des eaux dans toute la longueurde la ville, et de créer ainsi une chute d’eau dontla puissance motrice serait extrêmement considé-rable. N’est-^e pas à la municipalité qu’il appar-tiendrait de réaliser une semblable entreprise, quidoit compenser l’une des causes d’infériorité deParis comme ville manufacturière, la cherté de laforce motrice?

Déjà la construction du canal Saint-Maur, ayantatteint un but analogue à celui dont nous parlonsici, a été fort utile, et les forces motrices qu’il per-met d’utiliser, peu appréciées à l’époque où lesponts et chaussées exécutèrent ce beau travail,quand l’industrie était moins avancée, sont louéesaujourd’hui à un prix élevé et parfaitement utili-sées, au grand profit de l’industrie de Paris .

Nous n’en dirons pas davantage au sujet de cemode d’action des municipalités, nous croyons quec’est celui qui doit se rencontrer le plus souvent;mais ce n’est pas le seul. Il est nombre de cas oùleur intervention dans une opération industriellesur laquelle repose toute la production de la loca-lité peut être chose avantageuse, peut être un vé-ritable bienfait, mais il est impossible de rien direde général à cet égard : on ne peut que se décidersuivant les cas spéciaux et surtout en établissantcomme principe fondamental de cette intervention,que la municipalité ne doit jamais faire autre chose

ÉCONOMIE INDUSTRIELLE.

que seconder l’industrie privée et non lui faire con-currence; jamais empêcher un citoyen de retirerles fruits.de son travail, ne jamais écraser ses ef-forts individuels par la concurrence de l’associa-tion de tous.

Nous ne croyons pas douteux que, dans nom-bre .de cas, on rende l’existence des petits ateliersparfaitement possible, par la jouissance de bienscommunaux, d’une espèce de main-morte indus-trielle mise à la disposition de petits établissements,se groupant pour retrouver, par la juxtaposition,tous les avantages de la fabrication en grand, ladivision extrême du travail, l’utilisation des dé-chets, etc., sans perdre les avantages du petit ate-lier où le fabricant, ii’étant que le premier ouvrier,peut appliquer tous ses soins à un détail de fa-brication et par sa surveillance intéressée de cha-que instant tirer excellent parti des éléments dontil dispose.

Ce système tend à faire reposer principalementla supériorité industrielle du pays sur la prospé-rité de centres industriels comprenant un nombresans cesse croissant de nouvelles fabriques, com-mençant sur une échelle modeste, et en créant ainsiunedivision du travail d’un ordre supérieur. Si l’ondoutait de la valeur de ce système, nous répon-drions en citant Birmingham, Lyon, Saint-Étienne ,Elbeuf, Roubaix, Paris pour l’article Paris , et tantd’autres accumulations si puissantes de fabriquessouvent minimes, mais extrêmement multipliées,pour la production d’un même genre d’articles.

Nous allons terminer en cherchant à fixer par unexemple comment, dans un cas assez récent, lepouvoir social eût pu intervenir dans la production,en appliquant ces principes et sans froisser aucunintérêt. Nous voulons parler de la filature du lin.

Chacun sait ce qu’était dans nos campagnes lafilature du lin et du chanvre : c’était le labeur dupauvre, l’occupation de la veillée sur presque toutela surface de la France ; c’était, malgré la modi-cité du prix des façons, une production très-con-sidérable, une source de bien-être ou au moins unmoyen d’existence pour une grande partie de laclasse agricole, qui forme les deux tiers de lapopulation française. La société ne s’est pas in-quiétée de voir tout ce travail disparaître, tousces salaires échapper aux laborieuses ménagèrespour servir à payer le travail des machines an-glaises, ou au moins n’a su que favoriser par desdroits de douane l’importation de ces machines,pour constituer en France des établissements surune grande échelle, semblables à ceux de l’Angle-terre; y voir concentrer par suite une industriedont les bienfaits étaient répartis sur toute la sur-face du pays!

N’y avait-il rien de mieux à faire? On n’oseraitle soutenir en présence des déplorables résultatsque l’on a obtenus.

Rappelons brièvement l’historique de l’inventionde la filature du lin à la mécanique.