73 2 HISTOIRE ABRÉGÉE
- de diminuer l'ouverture de l’objectif par des diaphragmes, juscju’à faire dis-
rparaître un satellite, pour en mesurer le degré de lumière; il observa et ilcalcula les changemens que produisent leur proximité de Jupiter et leur hau-teur au-dessus de l’horizon ; il détermina leurs diamètres, les durées de leursimmersions ; et il donna le moyen de rapprocher les observations faites avecdifférentes lunettes , ce qui devait apporter un degré de perfection inconnujusqu’alors dans cette partie de l’astronomie. Ce travail, plein de sagacité, nepouvait être fait que par un de nos plus grands astronomes; et je lui disais,dans le temps de sa gloire, que j’aimerais mieux l’avoir fait, que d’avoir été lepremier sur la liste des présidais des États-généraux et des maires de Paris ,quoique son mérite l’y eût placé.
Son goût pour la littérature le délassait de ses travaux astronomiques. En1767 , l’Académie proposa pour prix l’éloge de Charles V : La Harpe rem-porta le prix ; mais l’Académie fit une mention distinguée de l’ouvrage deBailly. En 1768, il envoya à l’Académie de Rouen l’éloge de Corneille , etil eut l’accessit ; Gaillard eut le prix. Il envoya à l’Académie de Berlin l’élogede Leibnitz, et il remporta le prix. En 1765, son éloge de Molière eutl’accessit, à l’Académie française ; Chainfort eut le prix.
Les éloges de Cook , de La Caille et de Gresset, signalèrent encore sontalent pour les belles-lettres, et le firent desirer par Buffion et par plusieursautres membres de l’Académie des sciences , pour être secrétaire de cetteillustre compagnie; et si Condorcet eut la pluralité des suffrages en 1771,c’est peut-être à sa naissance et au crédit actif de d’Alembert qu’il en futredevable.
L’Académie française l’en dédommagea dans la suite; et le 2.6 février 1784il y fut reçu à la place de Tressan.
En 1775 , Bailly donna le premier volume de son Histoire de l’astrono-mie. Ici son talent pour les sciences, et son goût pour la littérature , se réu-nirent pour produire un ouvrage important et agréable tout-à-la-fois, rem-pli de dissertations savantes, d’idées lumineuses, de peintures brillantes ; propreà faire connaître l’astronomie et à la faire aimer; qui sera peut-être plus utileà cette science , en lui procurant des prosélytes, que les traités profonds, sirarement recherchés, plus rarement entendus. L’Histoire de l’astronomie est,pour ainsi dire, un traité de cette science ; mais ce traité est si élémentaire,si simple , si attachant, que souvent on n’en voit pas les épines, mais tou-jours les agrémens et les fleurs. Ce livre eut le plus grand succès ; mais jevis dès-lors avec regret que Bailly allait cesser de travailler aux progrès del’astronomie, en travaillant à son histoire. - Cependant, en 1787, il donnaun cinquième volume, qui est un traité de l’astronomie indienne ; et ce traiténe pouvait être fait que par un très-habile astronome.
Il envoya son livre à Voltaire : celui-ci, en le remerciant, lui fit desobjections; ils entrèrent en correspondance, et il en résulta deux volumesintéressans; ses Lettres sur l’origine des sciences, et ses Lettres sur l’Atlantide dePlaton et sur l’ancienne histftire de l’Asie, publiées en 1777 et 1779..Voltaire