CHAPITRE III.
III
mobiles, quand la société serait une grande famille oùune place serait marquée pour tous les hommes de bonnevolonté, selon cette parole de l'Évangile, la plus belle, laplus féconde, la plus touchante qui ait jamais été pronon-cée : Paix aux hommes de bonne volonté !
Malheureusement, les saint-simoniens qui, commehommes de pratique, allaient beaucoup trop loin, n’al-laient pas assez loin comme hommes de théorie. Pour leursiècle, ils voulaient trop; ils ne voulaient pas assez pourla justice et la vérité.
Cependant, une division sourde régnait au cœur mêmede la famille saint-simonienne. Les principes étaientposés : il restait à les vérifier par l’application. Cette ap-plication périlleuse, fallait-il l’essayer? Fallait-il passerde la théorie à la pratique, après avoir complété la théo-rie? Ici, les avis se partagèrent dans le Collège. « Tous les« problèmes disaient les uns, ne sont pas encore résolus,« bien qu’ils soient posés : restons unis, mais que ce soit« seulement pour continuer notre œuvre d'élaboration« et de propagande. Quand nous aurons gagné à notre« cause la société qui nous entoure, elle fera sa révolu -« tion. Gardons-nous de créer une petite société au mi-« lieu de la grande. Soyons apôtres et n’aspirons pas à« devenir gouvernants. —Nous avons suffisamment dog-« matisé, répondaient les autres; l’essentiel maintenant« est de réaliser. Prêchons d’exemple, organisons des« travaux, constituons un gouvernement à l’usage de nos« idées, sortons de l'état purement apostolique. » Ainsipensaient Bazardet Enfantin : leur opinion dut naturelle-ment l’emporter. On songea donc à établir des ateliers ;on recruta des adhérents parmi les prolétaires ; on en