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Tome troisième.
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HISTOIRE DE DIX ANS.

appela plusieurs, dont les enfants furent adoptés avec desformes solennelles ; on se partagea ambitieusement la ca-pitale et les provinces, si bien que le saint-simonisme eutsa géographie, les deux Pères suprêmes prirent le nomde Papes, appellation qui révélait une pensée d’orgueil enmême temps qu’elle trahissait un plagiat téméraire; enfin,la question ne fut plus de composer d’un nombre choisid'hommes d'élite une synagogue respectable, mais de réu-nir des forces, dont le Globe, chaque matin, publiait l’em-phatique recensement. De cette tendance nouvelle naqui-rent des illusions à peine croyables. On osa tourner sesregards vers les Tuileries : Louis-Philippe fut sommé parlettres de céder la place à MM. Bazard et Enfantin. Lesaint-simonisme qui avait d’abord été une école, puis unefamille, devenait un gouvernement, et un gouvernementdestiné à remplacer l’autorité du catholicisme.

Dans tout cela, Bazard, qui s’était long-temps nourrides idées de M. de Maistre, ne voyait guère qu’une con-clusion politique; mais Enfantin ne visait pas à moinsqu'à embrasser dans toute leur étendue les nombreux pro-blèmes soulevés par la doctrine, en fondant une religion.

Cette diversité de vues dans les deux chefs de la doc-trine se compliquait d’une profonde opposition de caractèreet d’organisation. L’âme de Bazard était mâle; son esprit,timide à force de réflexion, n’admettait volontiers que desidées nettes ; mêlé aux luttes politiques de la Restauration,il avait gardé de sa vie de carbonaro des instincts révolu-tionnaires, des haines vigoureuses, le désir de prendreplace dans les affaires, le goût des théories aisémentapplicables. Enfantin, au contraire, joignait à quelquechose de féminin dans les sentiments un esprit hardi et