CHAPITRE 11],
117
« que notre esprit, et cette seule idée épouvante un monde« qui ignore encore le pouvoir social, religieux et moral« que l'avenir réserve à la beauté. »
Ainsi, les relations de l’époux et de l’épouse n’auraientpas été exclusives de l'intervention intime du Prêtre.Enfantin, d’ailleurs, ne condamnait pas l'inconstanced’une manière radicale. Il voyait bien deux vices, et dansl’indifférence, qui est la facilité de passer d’une affectionà une autre, et dans la jalousie, amour exclusif pour unseul être, amour dévorant, qui craint toute approche,qu'un regard trouble et qu'un soupçon désespère; maissous ces deux vices, dont les types étaient à ses yeux DonJuan et Othello, Enfantin entrevoyait deux vertus. Lafacilité de passer d’une affection inférieure à une affectionsupérieure, sans s'abstraire dans la première, sans s’yabîmer, et en la considérant au contraire comme un pre-mier élément de progrès, cette facilité lui paraissait d’unebelle et sainte nature, pourvu qu’elle ne dégénérât pas enoubli, en vain caprice ou en ingratitude. De même il sesentait pénétré de respect pour cet amour profond, qui sedonne sans réserve, et de deux existences n’en fait qu’une,pour les rattacher toutes deux, plus fortes l’une parl'autre, à l’œuvre sociale. Harmoniser ces deux naturesen leur donnant satisfaction et en leur imposant une règle,telle eût été la mission du couple sacerdotal.
Il n’est pas inutile d’observer ici à quelles conclusionsmonstrueuses peut conduire l’application d’un faux prin-cipe. Le principe à chacun suivant sa capacité, etc., était,avons-nous dit, un obstacle à l’exercice pacifique du pou-voir personnel ou du sacerdoce. Enfantin le comprit. Ilvoulut rendre le pouvoir possible en le rendant attrayant,