CHAPITRE IV.
143
La sensation produite par les pamphlets de M. de Cor-inenin fut universelle et durable. Aussi les débats, à laChambre, remplirent-ils plusieurs séances, débats opi-niâtres par qui la majesté royale fut irrévocablementcompromise, et qui prouvèrent bien que, pour la fractionlibérale de la bourgeoisie, la royauté était un instrumentet non pas un principe. « Si le luxe est banni des palais« du roi, avait dit M. de Montalivet, il le sera bientôt des« maisons des sujets. » A ce mot de sujet, un frémisse-ment d’indignation parcourt l'assemblée. « Les hommes« qui font des rois, s’écrie impétueusement M. Marschal,« ne sont pas des sujets. » Les cris à l’ordre le ministre!retentissent de toutes parts. MM. Gabet, de Ludre, Clerc-Lasalle, Laboissière, interpellent M. de Montalivet avecvivacité. « Faites votre devoir, crie-t-on au président :« il faut que le ministre soit rappelé à l’ordre. La« nation est outragée! — Tenez bon, Messieurs, dit à« son tour aux députés du centre le garde-des-sceaux,« dont le trouble égale la colère. » La confusion est aucomble. Le ministre, appuyé contre le marbre de la tri-bune, affecte une contenance altière. Le président est de-bout et il agite sa sonnette; mais impuissant à surmonterle tumulte, il se couvre enfin. On déclare la séance sus-pendue, et les députés se retirent en désordre dans les bu-reaux. Le lendemain, la presse dynastique presque toutentière tonnait contre l'injure adressée par M. de Monta-livet à la nation, et la majorité de la Chambre ayant votél’ordre du jour sur cet incident, M. Odilon Barrot , suivide cent quatre députés, se rendait dans la salle des confé-rences pour y rédiger une protestation formelle contre unmot inconciliable, disait-il, avec le principe de la souve-