Band 
Tome troisième.
Seite
149
JPEG-Download
 

CHAPITRE IV.

ira

vernement, comme il est probable, n'avait point trempédans cette odieuse machination, œuvre d’un fanatismesubalterne et bas, on pouvait au moins l'accuser de n'a-voir pas poursuivi les auteurs du désordre, de n’avoir pasordonné une enquête sévère, et même d’avoir souffert quele Moniteur fît officiellement l’éloge du zèle que les assom-meurs avaient déployé contre l’émeute.

Du reste, l’arbitraire grandissait de jour en jour ; lesmandats de dépôt lancés contre les écrivains se multi-pliaient; sur les indices les plus frivoles, on enlevait lanuit chez eux des hommes qui, souvent, étaient chargésd’une famille que leur profession nourrissait; enferméspréventivement, mis au secret, ces malheureux, aprèsune longue réclusion, paraissaient enfin devant le tribu-nal, qui tantôt les déclarait innocents, tantôt les condam-nait, non pour le délit imaginaire, prétexte de leur arres-tation, mais pour les paroles outrageantes échappées auressentiment d'une détention injuste et prolongée. Lapresse s’était élevée presque unanimement contre desabus aussi graves : ses plaintes furent dédaignées. ArmandCarrel prit alors une détermination qui honorera éternel-lement sa mémoire. Dans un article signé, il prouva qu’enmatière d'impression et de publication d’écrits, le cas deflagrant délit n’existait que lorsqu’un appel à la révolte,à une levée de boucliers prochaine, immédiate, contre legouvernement, s'imprime dans un lieu connu à l'avancepar les agents de l’autorité; que le flagrant délit, exceptéen cas de révolution, n’était pas possible pour la pressepériodique; qu’il n’y avait pas un seul des écrivains arrê-tés depuis un mois sur un mandat de dépôt, de qui l’onffit en droit de dire qu'il avait été surpris en flagrant délit,