Band 
Tome troisième.
Seite
175
JPEG-Download
 

CHAPITRE IV.

175

Ce jour fut pour les habitants d’Ancùne un jour de fêteet de triomphe. En peu d'instants, les trois couleurs bril-lèrent sur toutes les places. Vive la liberté ! criaient lesFrançais , et ce cri était répété par les patriotes italiensavec attendrissement et avec orgueil. Le gouverneur dela province et le commandant de la place, faits d'abord pri-sonniers, furent relâchés ensuite et sortirent d’Ancône .Les prisons d'État furent ouvertes, la liberté fut rendue à

escaladant le rempart, et brisant une des portes de la marine. 11 faisaitbeau voir ton frère, à trois heures du matin, allant, avec une compagnie degrenadiers, prendre dans son lit le légat du pape, qui paraissait plus fàcliéd’étre dérangé de son sommeil que de la prise de sa ville, dont il ne se doutaitpas; le priant, du reste, d’excuser la liberté grande. Le désarmement despostes de la ville s’est fait sans résistance, et pas une amorce n’a été brûlée.La forteresse a été prise par capitulation. Le secret a été si bien gardé, quenous étions à cinq lieues d’Ancône , que personne ne savait encore où nousallions, pas même le colonel du 6G e , qui a prétendu plus tard que l’expédi-tiou était sous ses ordres, quoiqu’il m’écrivit : au commandant des forcesfrançaises . Ce conflit d'amour-propre a manqué de nous faire couper lagorge; mais enfin, le général Cubières, arrivé de Rome pour prendre lecommandement supérieur, nous a un peu rapatriés.

« Je n’ai point encore de nouvelles de France . J’ai écrit par estafette, parM. Bertin de Vaux fils, qui est auprès de M. Sébastiani, et je lui ai remisune dépêche télégraphique qu’il doit faire transmettre à Paris par le télé-graphe de Lyon . Je pense que le gouvernement me saura gré de lui avoirdonné l’initiative sans responsabilité, car il peut me désavouer, ou accepterl’opération et ses conséquences.

» Les habitants de toute la Romagne nous aiment beaucoup et désirentque le gouvernement papal s’amende un peu. Il est temps que ces malheu-reux peuples respirent avec un peu de liberté, car jusqu’à ce jour ils ont étéopprimés sans relâche.

« Je crois que tu dois être guéri de tes honorables blessures, mon cherami, et que j’aurai au moins le bonheur de te savoir enFrance, si je n’aipas celui de t’embrasser.

* Ton frère qui t’aime, .

Gallois,

« commandant la division navale à Ancône . »