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HISTOIRE DE DIX ANS.
nus, il promenait lentement ses regards sur l'assemblée,et les assistants remarquaient avec surprise la vénérationprofonde dont ses enfants l’entouraient. Les interroga-toires firent d’abord connaître au public la jeunesse desaccusés. M. Barrault avait trente-trois ans, M. Duveyrier vingt-neuf, M. Michel Chevalier vingt-six; le Père lui-mème n’était âgé que de trente-six ans. Cependant, lors-que le président, M. Naudin, lui demanda : « Ne vous« qualifiez-vous pas Père de l’humanité ? Ne professez-« vous pas que vous êtes la Loi vivante ? », Il réponditavec beaucoup de sang-froid et d’assurance : « Oui, Mon-s sieur. » Il se passa alors une scène tout-à-fait nouvelledans les fastes judiciaires. Le premier témoin appelé,M. Moïse Retouret, ayant été sommé de prêter serment,il se tourna du côté d'Enfantin et dit : « Père, puis-jee prêter serment? » Enfantin répondit que non, et leprésident ordonna au témoin de se retirer. Tous lestémoins appartenant à la famille comparurent, tous reçu-rent sommation de prêter serment, tous déclarèrent qu’ilsne le pouvaient sans l’autorisation du Père suprême.
L’avocat général, M. Delapalme, commença son réqui-sitoire. Après un rapide exposé de l’origine et des progrèsdu saint-simonisme, il essaya de flétrir, dans les pratiquessaint-simoniennes, une sorte de fétichisme oùie mensongese mêlait à la niaiserie. Il montra le Père Enfantin commeun homme en qui l’amour de la célébrité était devenude l’extravagance. Il reprocha aigrement à l’associationsaint-simonienne l’appel qu’elle avait adressé aux capita-listes et sa fastueuse mendicité. Il affirma qu’une pareilleassociation n’avait rien de commun avec une société reli-gieuse, parce qu’elle n’avait ni dogme, ni culte, ni céré-