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HISTOIRE DE DIX ANS.
fallait encore, témoin le budget, où on la voyait figurertous les ans. Les saint-simoniens étaient donc deshommesreligieux ; et certes ils l’avaient prouvé, lorsqu’à la faced'une société égoïste, sceptique, moqueuse, préoccupéede ses intérêts matériels, ils avaient abandonné, pourobéir à leur foi, famille, carrière, habitudes chéries, espé-rances de fortune, vues d’avenir ; lorsqu’à la face d’unesociété qui ne garde à la vie du prolétaire que dédains etmépris, ils s’étaient volontairement assujettis aux travauxles plus répugnants et les plus durs-, lorsqu'enfin ilsétaient venus affronter les railleries de la multitude, revê-tus d’un costume distinctif, et offrant à l’injure leur nomécrit sur leur poitrine. Puis, quels étaient les hommes quiosaient dénier à la famille saint-simonienne un caractèrereligieux? Des hommes qui, faisant profession ouverted'indifférence en matière de religion, avaient mis l’a-théisme dans la loi ; des hommes qui avaient fait dispa-raître de l’enceinte de ce môme tribunal où ils siégeaient,la majesté de Jésus crucifié; des hommes qui couvraientd'une toile verte l’image de leur Dieu , ainsi qu’une chosemauvaise à voir! Du reste, et à supposer qu’on ne voulûtpas reconnaître dans la famille saint-simonienne une so-ciété religieuse, quels désordres avait-on à lui imputer,pour que toute la rigueur de l'article 291 lui fût devenueapplicable? Les saint-simoniens n'avaient cessé de décla-rer la guerre impie et de protester contre l’esprit de ré-volte. S’ils avaient décrit les maux du peuple, ce n’avaitété que pour en indiquer le remède ; et dans le tempsmôme où le gouvernement ne savait qu’envoyer contrel'insurrection lyonnaise des canons et des soldats, ilsavaient demandé, eux, à l'étude et à la science la guérison